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Edito : « Antisémitisme d'hier et d'aujourd'hui »

1 mars 2019, par René Merle

On sait, ou on ne sait pas, que l'arrivée de la terrible peste bubonique en mars 1348 déchaîna une vague de pogroms meurtriers : les Juifs, depuis longtemps accusés de mille maux, étaient cette fois tenus pour responsables de l'épidémie qu'ils propageraient notamment en empoisonnant les puits. Toulon eut le triste privilège d'initier cette série meurtrière.
Dans la nuit du 13 au 14 avril 1348, une troupe d'assassins a investi la rue de la juiverie et en a massacré les quarante habitants, y compris les enfants. Les maisons ont été totalement pillées et comme par hasard les livres de créances ont disparu.
Tout plaide pour une opération d'effacement des dettes, préméditée et organisée par les notables, sur fond de haine religieuse exaspérée. Le crime demeura impuni. La reine Jeanne avait besoin d'argent, et l'enquête criminelle se termina par un effacement du crime, moyennant une bonne somme d'argent que paya la communauté toulonnaise.
Que dire ?
Rappeler ce crime ne signifie pas se mortifier à cause du racisme meurtrier de nos prédécesseurs en ce lieu, racisme dont nous ne sommes aucunement comptables. L'Histoire est ce qu'elle est. Mais le dévoiler peut, et doit, aider à comprendre la racine du Mal, qui est, en temps de crise, de se défausser jusqu'au crime sur un bouc émissaire stigmatisé par sa « différence » ; qui est aussi de couvrir de cette stigmatisation des intérêts bien réels.
La crise que nous vivons engendre à nouveau la stigmatisation de boucs émissaires, d'«Autres» dont la « différence » (différence d'origine, différence religieuse, différence de couleur de peau !) suffit à cristalliser les haines racistes et xénophobes. « On est chez nous ! »
Exorciser ces haines par de bonnes paroles ne suffira sans doute pas, dans le climat délétère que nous connaissons, à sortir de la crise économique, politique et morale qui les a engendrées.



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