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Congrès unitaire des organisations socialistes, Salle Japy, 1899

jeudi 9 janvier 2020, par René Merle

Une très belle présentation de Daniel Halévy

Je présentais hier par deux textes de 1900 l’opposition Jaurès - Guesde :
Jaurès – Guesde - discours de Lille, 1900
Mais revenons un an auparavant, où l’unité des différents courants socialistes avait faille se faire.
(Sur les courants socialistes du temps, cf. : Courants socialistes de « la Belle Époque ».

En décembre 1899 se tint salle Japy, à Paris, un Congrès unitaire des organisations socialistes françaises, qui, après des débats difficiles et parfois houleux, aboutira à un comité général composé des représentants de tous les courants.
Le jeune Daniel Halévy [1872], le futur politologue et historien, assista à ce congrès et en donne un très vivant et haletant compte-rendu [1].
« Un dimanche de décembre 1899, les délégués commencèrent à pénétrer dans la grande salle rectangulaire du gymnase Japy. Ils arrivaient isolés ou par groupes d’amis ; mais le parti ouvrier français vint en corps, précédé de ses chefs et portant ses étendards. Traversant la salle, il occupa l’extrême-gauche ; Vaillant et les blanquistes s’installèrent à côté de leurs alliés ; puis, au centre et à droite, les organisations provinciales, les indépendants ; enfin, à l’extrême-droite, les violents allemanistes.
Pour la première fois depuis 1882, les fractions du socialisme se rencontraient pour délibérer, et visiblement la division était profonde. Deux races, les deux grandes races qui divisent les hommes, étaient face à face dans l’enceinte. D’une part, les jacobins doctrinaires, tout aux abstractions, aux formules, rigides dans leur foi, insensibles aux faits, masse compacte, votant avec ses chefs, se levant, protestant, approuvant, s’asseyant avec eux ; d’autre par, la foule vivante et désordonnée des fils de Danton et de Diderot.
Ces ennemis séculaires réussiraient-ils à s’entendre ? Ne trouveraient-ils point, dans leurs cerveaux, un peu de tolérance et de charité socialiste ? Le cas Millerand était à ce moment, malgré sa gravité, accidentel [2] Guesde s’en était emparé pour briser l’unité naissante, et les délégués se posaient une seule question : fonderons-nous, malgré tout, cette unité ? Sauverons-nous le Parti en dépit de nos haines ? Des renseignements passaient de bouche en bouche : le maire de Lille veut l’union ; le délégué de Nantes, Brunellière, est en révolte contre Guesde ; Bordeaux suivra son exemple ; Marseille passe aux indépendants : ses délégués ont eu une entrevue avec les fédéralistes des Ardennes et du Jura, qui ont un projet en réserve, le dernier espoir de l’unité, paraît-il ; les allemanistes marchent contre Millerand…
Les premières heures, consacrée à la nomination du bureau, furent tumultueuses. Enfin Jaurès annonça, d’une voix éclatante, qu’il venait d’arrêter les termes d’une motion transactionnelle. Personne ne fut dupe : il perdait la première manche. La bataille commença : un socialiste peut-il participer à un gouvernement bourgeois ?
Les orateurs se succédaient, et l’un approuvait, et l’autre désapprouvait. Les arguments, les périodes oratoires des bourgeois révolutionnaires, les charges passionnées des militants ouvriers se répondaient comme la strophe et l’antistrophe parmi les huées, les acclamations, l’indifférence ou la plus sérieuse attention. Les deux séances du lundi furent ainsi remplies, et mardi le défilé recommença. Zévaès, habile à commenter avec une voix de camelot les théories de Jules Guesde ; Létang, député du Centre, homme du peuple, vigoureux et fruste ; Viviani, prince des avocats ; Colly, conseiller municipal de Paris, marchand de vin, bon vivant ; Gelez, rageur et théoricien ; la discussion devenait dangereuse en se prolongeant. On écoutait moins bien, les partis pris s’accusaient.
Le président appela : "Jules Guesde" ! Il y eut dans la salle un frémissement d’orage. Mais Jules Guesde désirait parler en dernier. « Je cède mon tour de parole au citoyen Allemane », dit-il. Allemane parut à la tribune, pâle, maigri, et ceux qui depuis longtemps ne l’avaient pas vu, le trouvèrent changé, mais cependant bien pareil à lui-même, avec ce visage, ce regard et ce puissant langage où passent toute la vaillance, la finesse, tout le bon sens du peuple, et il fut applaudi aussitôt qu’entendu. Quoique très visiblement révolutionnaire, il ne condamna pas Millerand ; quoique très ami de Jaurès, il n’approuva pas Millerand. « Que sommes-nous en train de faire ? dit-il. Nos camarades prononcent d’admirables discours, qui ne servent à rien. Nous ne discutons pas, nous nous attaquons. Est-ce que nous voulons nous brouiller ? » Porté par les acclamations, il continue : « Voilà vingt ans que je me dispute avec des camarades, et cela ne m’a servi à rien ; sur la question présente, on peut s’entendre, on le peut, on le doit, et il faut que le prolétariat comprenne que nous nous occupons de lui avec amour… »
La discussion venait de faire un pas immense ; par delà ce démêlé où s’arrêtaient les orateurs, il y avait une grande cause, des millions d’êtres à sauver ; par delà Millerand, il y avait l’unité. Qu’allait répondre Jules Guesde ?
Et, comme c’était son tour de parole, parmi les applaudissements qui saluaient encore Allemane, un cri monta : Guesde ! Guesde ! Il se tenait immobile, assis au premier rang de l’extrême-gauche, entouré d’un groupe de fidèles et caressant, peut-être avec un peu de nervosité, sa grande barbe d’apôtre. « Guesde ! Guesde ! » répéta la droite. Mais il ne bougeait pas, et l’heure étant avancée, la séance de l’après-midi fut levée.
Le soir, Guesde apparut. Un indépendant cria : « A bas le pape ! » Il se tourna vers la droite, et chacun devina, derrière son éternel lorgnon, un regard si dur, qu’un silence de terreur s’établit aussitôt. Il commença de parler, marchant, selon son habitude, et lançant, avec un air bénin, les horribles accents de sa voix grinçante. Toutes les demi-minutes, il repassait devant Jaurès assis au bureau. Alors il s’adressait à lui et le dévisageait avec une expression de haine. Tous écoutaient : l’étrange individu qui, si souvent, avait brisé le Parti, réussirait-il, cette fois encore, à séparer des hommes désireux de s’unir ? La droite indépendante semblait figée, inquiète comme un pensionnant d’enfants qui suivrait des yeux, dans une ménagerie, un grand fauve rôdant derrière ses barreaux. Guesde souleva quelques incidents violents, mais enfin il acheva son discours, et rien d’irréparable n’était survenu.
Chaque minute passée est minute gagnée. Au premier jour, les chefs étaient seuls à se connaître, et ils se détestent. A présent, les délégués voisinent et prennent l’habitude de se fréquenter. Ils sont d’une même classe et d’une même culture ; ils ont les mêmes intérêts et le même idéal. Souvent nouveaux venus dans le Parti, militants de quatre ou cinq années, ils s’intéressent, peu ou point, aux vielles querelles répercutées ici. Ils en éprouvent quelque lassitude. Ils savent seulement que la discorde est mauvaise entre amis, et que l’unité, matériellement, moralement, déterminerait un bon accroît de force, dans la ville, dans le bourg ou dans l’usine qu’ils représentent à Paris.
Elle est nécessaire, il faut la réaliser. Mais comment ? L’intolérance de Jules Guesde effraye et certains vont jusqu’à désespérer. On avise, puisqu’il faut aboutir. Les hommes de l’Est, des Ardennes et de la Franche-Comté, autrefois allemanistes, mais depuis quelque temps affranchis de tous liens, et dirigeant eux-mêmes leur propagande, réunissent autour d’eux quelques provinciaux. Ils exposent leur idée : l’unité se fera contre les organisations et en dehors d’elle par les fédérations régionales, qui dès à présent doivent se constituer et commencer leur marche enveloppante.
Ces précautions semblaient très sages ; mais l’événement prouva leur inutilité. Les cris, les bagarres, empêchaient d’évaluer la force du mouvement unitaire, qui alors était irrésistible. On le vit bien, quand, à la soirée du quatrième jour, Guesde et ses amis essayèrent une tentative désespérée pour faire échouer la motion transactionnelle que la commission proposait enfin. Jaurès, si conciliant et modéré depuis l’ouverture des débats, s’emporta tout à coup, et la droite et le centre, ralliés à sa voix, auraient jeté hors de la salle des séances les délégués du Parti ouvrier français s’ils n’avaient prudemment cédé.
Toutes les difficultés étant résolues, on pouvait enfin aborder franchement le programme de l’unité. Les doctrinaires étaient désarmés et réduits au silence ; les indépendants victorieux saluaient allégrement les orateurs. Pourtant un doute subsistait. Dans quelle mesure, à quelles conditions, la gauche allait-elle accepter la fusion ? Et quand Jules Guesde, se détachant de la masse immobile du Parti ouvrier, gravit les degrés de la tribune, il put évaluer sa force à la profondeur du silence qui s’établit aussitôt.
« L’unité, prononça-t-il, l’unité, mais nous la voulons tous… » Unité ! sur les lèvres de cet homme, le mot était terrible. Il est doux, il est beau, quand il signifie union ; mais la dictature aussi est unité, et la droite et le centre entendaient dictature quand Jules Guesde prononçait unité. Il poursuivit. Sa voix, au début hésitante et pateline, se redressa comme sa personne.
« Si nous ne pouvons être d’accord sur la doctrine, nous pouvons l’être sur la tactique… il faut l’unifier… par exemple, en organisant d’abord un contrôle de la presse… il ne peut plus y avoir de presse socialiste indépendante… - Du doigt, il désignait Gérault-Richard, rédacteur en chef de la Petite République. – De même pour nos élus socialistes : leur indépendance doit disparaître, pour la même raison, et dans les mêmes conditions. Les élus ne s’appartiennent plus ; ils n’appartiennent plus même à leurs électeurs ; ils appartiennent au prolétariat de France, et il faut que, comme en Allemagne, le Parti, contrôlant sa fraction parlementaire, la condamne à un vote unique sur toutes les questions. Et cela, encore une fois, ce sera de la belle, de la bonne unité… »
La droite, accablée, se taisait, sentant un vent d’acier passer au-dessus d’elle. Enfin Jules Guesde se tut ; ses paroles de paix avaient été prononcées avec un tel accent de guerre qu’il redescendit les marches de l’estrade, salué par son groupe et par nul autre. Et quand, peu après, Poulain, vigoureux militant des Ardennes, vint exposer le projet d’union fédérale conçu par certains provinciaux, la droite, enthousiasmée, soulagée, lança vingt noms de régions et de villes : Gironde, Aisne, Sarthe, Agen, Bretagne, Montbéliard…
Dernière séance, on rentre. Les visages sont enjoués. Tout le monde sait la nouvelle. C’est fait. C’est écrit ; l’alliance est scellée. Il n’y a plus de guesdistes, de broussistes, de blanquistes, d’allemanistes. Il n’y a plus que des socialistes. Une cohue de militants et de syndiqués envahit les tribunes. Soudain les membres de la commission passent, accueillis par le plus grave silence.
 Les membres de la Commune au bureau ! propose une voix. – Oui, répond l’Assemblée. Vaillant, Allemane, Fabérot, Camélinat, têtes blanches ou grises, se forment sur un rang au fond de l’estrade, puis d’autres les rejoignent, vieillards dénichés aux quatre coins de la salle, poussés par leurs voisins, portés de mains en mains, et qui saluent, tremblants d’émotion.
 Les drapeaux ! réclame l’Assemblée. Trente, quarante drapeaux rouges, gravissant les degrés, se mettent à droite, à gauche du bureau, encadrant les vieux combattants et les membres de la Commission, qui, debout, attendent qu’on les écoute. Les vieux plis, couleur de sang, caressés par la lumière des lampes, ébranlés par la grande rumeur de trois mille poitrine, palpitent. Tous les martyrs de la cause, morts ou vivants, sont là. Le rapporteur Dubreuilh s’avance et donne lecture de la constitution unitaire du Parti votée par la commission unanime. Puis tous les chefs, l’un après l’autre, montent à la tribune et, en très peu de mots, jurent obéissance. C’est un miracle. La force mystérieuse qui, depuis six jours, tient unis ces hommes divisés, maintenant dégagés d’entraves, se répand et déborde. Un dieu est dans la salle et courbe, humilie toutes les têtes. Ouvriers du Nord, têtus et carrés, méridionaux exaltés, Parisiens beaux parleurs, ont maintenant une sagesse, une dignité d’évêques ; et, en effet, ils sont hommes d’Église. Car ils servent une foi. Les orateurs continuent de défiler à la tribune. Voici Brunelière au nom des fédérations départementales ; Viviani, au nom de la presse, Hamelin au nom des coopératives ; Fournière, au nom du groupe parlementaire. Une rumeur profonde, venue on ne sait d’où roule comme un tonnerre lointain ; une émotion intérieure s’empare de chaque assistant et lui ravit sa liberté. Les vingt combattants de la Commune pleurent d’attendrissement. Jaurès, Guesde, Vaillant, séparés par tant d’insultes, se tiennent côte à côte, recueillis, immobiles. La foule des délégués frémit, presque menaçante dans sa joie ; les corps sont tendus, les visages aussi ; et, dans la pénombre des tribunes circulaires, on devine un peuple, deux mille hommes qui laissent tomber d’en haut des clameurs confuses. Enfin tous les orateurs ont parlé.
 Je mets aux voix le rapport de la Commission, dit le Président.
 Par acclamations ! répond l’Assemblée.
Tout le monde est debout et tout le monde crie. C’est quelque chose d’étrange : un hurlement de mer ; un formidable rugissement de bête. Il dure sans défaillance, pendant plusieurs secondes ; il faiblit, remonte par saccades, s’abaisse, reprend, s’abaisse encore et reprend avec la fureur d’un être qui ne veut pas mourir, et pourtant il meurt. Mais il ne se peut pas que la fête soit finie. Car la foule est ivre. « L’internationale » [3] réclame une voix, puis cent. Un jeune homme, c’est Guesquière, adjoint au maire de Lille, monte sur l’estrade et, à la minute précise où il commence à chanter, tout le monde se dresse, des bureaux aux tribunes. On écoute avec un religieux silence la voix frêle et passionnée qui monte en hésitant dans la nef, puis au refrain, tous accompagnent avec enthousiasme. »

— C’est notre chanson à nous, n’est-ce-pas, s’écrie du haut de la tribune le porte-drapeau du syndicat des pâtissiers.
La voix du pâle Ghesquière s’élève une dernière fois : c’est la quatrième, et mille voix, débordant sur la sienne comme une houle impatiente, avant même qu’il n’ait terminé, éclatent.
Debout sur une chaise, un vieillard, de ses deux bras violemment agités, mène le chœur :
C’est la lutte finale,
Marchons tous, et demain
L’Internationale
Sera le genre humain…

Les voix, vainement prolongées, expirent. L’hymne est achevé, car tout s’achève, quoiqu’on en ait ; et, pendant une seconde, le silence est presque absolu, silence de regret et d’étonnement que des ardeurs si vives puissent avoir une fin, silence bref, car la joie veut s’exprimer encore.
L’Internationale est surtout en faveur parmi les ouvriers du nord : c’est, plus spécialement, le cantique des doctrinaires. Les parisiens et les français du centre préfèrent la vieille Carmagnole, et voici qu’elle résonne à son tour. Tout à l’heure la foule immobile écoutait l’Internationale, mais la Carmagnole est un chant d’action et de vie, il faut danser. Les têtes oscillent : Joindy, allemaniste à demi anarchiste, saisit la frange d’un drapeau qui ondule au-dessus de sa tête. Il le balance, et lui-même s’agite. Son corps s’incline ; lentement, puis énergiquement, il marque un pas de gigue, et ses voisins s’ébranlent avec lui, et les voisins de ses voisins. De proche en proche l’ondulation s’étend, et voici mille hommes qui dansent. Les drapeaux eux-mêmes quittent la tribune, rentrent dans la foule pour tourner avec elle. A présent, le milieu de la salle est vide. La masse énorme, emportée dans un mouvement mécanique, reflue vers les couloirs circulaires et roule en grondant et chantant.
Il y a quelque chose de redoutable dans la grandeur du spectacle. Il est évident que si quelqu’incrédule égaré voulait protestait, et criait : « A bas l’Internationale ! » ou « A bas la Sociale ! », une force inouïe l’accablerait, et rejeterait l’impie dans la rue aux trois quarts assommé. Si l’humanité s’est refait une cohésion et une foi, malheur à qui n’adhère pas ! Nous perdons le droit au scepticisme, à la contemplation désintéressée. Le « genre humain » est une majesté qui ne supportera pas qu’on lui manque. L’unité, c’est l’intolérance.
Mais les voix s’apaisent. On se fatigue de crier, l’effort physique amortit l’enthousiasme. Alors, la division reparaît avec le calme. Les indépendants se retrouvent à droite ; leurs groupes entourent les drapeaux et quelques mesures de la Carmagnole s’élèvent encore comme des appels de clairon après une journée de bataille. A gauche, les doctrinaires se retrouvent ensemble ; massés derrière leurs chefs, ils chantent l’Internationale et se préparent à sortir. Soudain, on remarque au-dessus de leurs têtes le grand étendard rouge du Parti ouvrier français. Depuis six jours, il n’a pas quitté le portique où on l’a suspendu. Il n’a pas figuré sur la tribune, il n’a pas tournoyé dans la farandole. Jules Guesde a voulu qu’il reste là haut, et dédaigneusement domine le congrès. »
Mais cette unité proclamée dans l’enthousiasme se rompra presque aussitôt, à propos de la participation de socialistes à un gouvernement bourgeois.

Notes

[1Daniel Halévy, Essai sur le mouvement ouvrier en France, Société nouvelle de Librairie et d’Edition, Paris, 1901. Réédition Rarebooksclub.com, 2013

[2Député socialiste indépendant depuis 1883, mais siégeant à l’extrême gauche, le journaliste Millerand avait accepté d’entrer dans le gouvernement bourgeois d’Union de Waldeck Rousseau en juin 1899, six mois avant le Congrès

[3Écrit par la Communard Pottier en juin 1871, au lendemain de l’écrasement de la Commune, le texte sera mis en musique en 1889 par l’ouvrier lillois Degeyter, et popularisé aussitôt par les militants guesdistes du Nord

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