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Congrès ouvrier 1877 - Genèse

mercredi 22 mai 2019, par René Merle

Vers l’autonomie politique ouvrière

Le très intéressant Compte-rendu des Séances du Congrès ouvrier de France. Session de 1876 tenue à Paris du 2 au 10 octobre Salle des Écoles, 3 rue d’Arras, Paris, Librairie Sandoz et Fischbacher, 33 rue de Seine, 1877, montre avec quel sérieux ont été approfondis les thèmes présentés au Congrès.
L’introduction explicative est également très intéressante, car elle précise grandement le propos inaugural de Guillon en 1876, et situe clairement l’autonomie ouvrière proclamée par rapport au courant républicain bourgeois et petit-bourgeois que les travailleurs avaient soutenu pendant les dures années de la République conservatrice.
" Historique.
Après le départ de la délégation ouvrière pour Philadelphie [1], il n’était pas possible de laisser tomber le mouvement salutaire qui s’était manifesté non-seulement à Paris, mais encore dans de nombreuses villes de province. Il était en outre nécessaire de vulgariser toutes les expériences qu’on avait faites en vue de l’émancipation du travail et l’amélioration du sort des travailleurs. Enfin, du moment que la forme républicaine était acquise [2], il était indispensable à la classe ouvrière qui, jusque-là, avait marché de concert avec la bourgeoisie républicaine, de s’affirmer dans ses intérêts propres, et de rechercher les moyens qui pouvaient lui permettre de transformer sa condition économique.
Ce sont toutes ces raisons qui ont décidé l’organisation du Congrès ouvrier.
L’idée d’un Congrès qui s’occuperait des questions ouvrières remonte loin :
En 1867, il avait été question de faire, pendant l’Exposition, un Congrès où l’on aurait traité de tout ce qui regarde la coopération ; mais le gouvernement de cet homme qui voulait l’extinction du paupérisme, et qui n’a jamais pratiqué son système qu’à Aubin, et à la Ricamarie [3], s’opposa à cette réunion pacifique, qui pouvait produire d’excellents résultats.
Cette idée se fit de nouveau jour dans les rapports de la délégation à l’Exposition de Vienne. Enfin, journellement la presse publiait les comptes rendus de Congrès semblables tenus en Suisse, en Allemagne, en Italie, en Angleterre et même en Belgique.
Mais, dans les circonstances présentes, c’était plus qu’un Congrès de cette nature qu’il fallait ; on désirait un Congrès exclusivement ouvrier, où les travailleurs seuls pourraient librement, avec leur esprit pratique, leur expérience incontestable, traiter les questions qui se rapportent à la solution du problème social.
On devait, à tout prix, éviter que des politiciens, des hommes théoriques, ne vinssent égarer les esprits, les diriger et se servir du Congrès comme d’un tréteau pour des opérations électorales ou politiques. On n’oubliait pas, en effet, que la question sociale, telle qu’elle se pose aujourd’hui dans les villes, provient de lois funestes que les bourgeois de la Constituante ont faites, et qui ont eu pour conséquence de livrer, pieds et poings liés, le travailleur manuel au capital, sans qu’il lui soit possible de se défendre et de s’organiser pour résister à l’exploitation dont il est victime.
Il fallait que les intérêts ouvriers pussent se produire dans toute leur franchise et toute leur netteté. C’était le seul moyen d’éclairer tous les esprits, de montrer à la bourgeoisie à quelles conditions elle pourrait aller de concert avec les travailleurs, ou de rompre ouvertement avec elle si elle voulait continuer, comme dans les derniers quatre-vingts ans, à ne demander à la politique que la satisfaction exclusive de ses intérêts particuliers.
Ce sentiment était général. Un nouveau journal, la Tribune, qui relevait franchement le drapeau socialiste, en fut l’organe dévoué [4]. Il engagea une campagne dans ce sens, et cette campagne aboutir aux résultats merveilleux que l’on connaît.
« Maintenant que la délégation ouvrière à Philadelphie a quitté la France, disait la Tribune, il est nécessaire qu’une nouvelle question soit mise à l’ordre du jour des travailleurs de Paris et de la province. Qu’est-ce que nos amis penseraient d’un Congrès ouvrier qui se réunirait à Paris, en août ou en septembre, quelques semaines après le retour des délégués, Congrès dans lequel on discuterait les bases d’un programme socialiste commun ?
Nous nous contentons pour aujourd’hui d’émettre cette idée qui nous est suggérée par le Congrès de Bologne.
Elle nous paraît, de prime abord, excellente, et nous sommes persuadé qu’un Congrès ouvrier pourrait avoir sur l’émancipation économique de tout le prolétariat français une influence considérable. » (Tribune du 19 juin 1876.)
Cette proposition d’un Congrès ouvrier de France produisit une immense sensation dans tout le pays.
Les adhésions vinrent en foule et de Paris et de la province ; et après une série d’articles destinés à éclairer le public et à exposer toutes les faces de la question, plusieurs réunions préparatoires eurent lieu."

Notes

[1Exposition universelle de Philadelphie

[2Début 1876

[3Grèves réprimées dans le sang

[4Jjournal radical et socialisant né après la victoire républicaine du début 1876, La Tribune, organe républicain des questions démocratiques et sociales, directeur de publication et rédacteur en chef F.-X. Trébois

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