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Notre Président vient de décorer le sénateur Robert Hue

samedi 23 novembre 2019, par René Merle

Du communisme à la macronie

Dans le cadre d’un hommage à cinq maires pour les actions menées dans leur ville, notre Président vient de décorer le sénateur Robert Hue [1].
À la différence des quatre autres maires, Robert Hue n’est plus que maire honoraire, mais qu’importe ! Notre Président a tenu à récompenser un fidèle, qui avait appelé à voter pour lui dès avant le premier tour des présidentielles.
L’anecdote ne vaudrait pas tripette [2] si elle ne nous amenait à réfléchir sur le destin d’un certain communisme en France.
Robert Hue en effet, pour qui l’ignorerait, a été candidat du Parti communiste aux élections présidentielles de 1995 et 2002 : 3,37%. Un score d’effondrement qui apparaîtrait cependant positif par rapport à celui du candidat communiste aux européennes de cette année…
Intronisé par Georges Marchais, Robert Hue a également été depuis 1994 secrétaire national du Parti communiste, et dès 1995, dans son ouvrage Communisme, la mutation [3], il expliquait comment il allait réformer son parti, en en changeant le logiciel.
Encore qu’il se défendait d’abandonner alors le mot de « communisme », Robert Hue, et il n’était pas le seul, s’inscrivait dans une démarche que ses camarades italiens avaient menée à terme en 1991, quand le puissant parti communiste italien, le parti de la résistance antifasciste, le parti de Gramsci, de Togliatti et de Berlinguer, se suicidait en abandonnant la doctrine communiste pour devenir la Parti de la gauche démocratique, aujourd’hui PD, parti « réformiste » à côté duquel le réformisme des socialistes français apparaît bien ringard et dépassé.
Le Parti communiste de Robert Hue n’est certes pas allé jusque là. Mais il est devenu sous sa direction un curieux kaléidoscope où, selon la formule célèbre, « tout est soluble dans le communisme ». Sous l’œil plus que perplexe de nombre des militants, le parti, qui organise alors des défilés de mode en son siège parisien, devient l’auberge espagnole où se croisent, sans toujours se rencontrer, antiracistes, écologistes, féministes, droits-de -l’hommistes… Et ce dans la tradition proclamée des Lumières et la mise en avant de la liberté individuelle, matrice de tous les choix.
Mais qui du capitalisme dans tout cela ?
Le parti de Robert Hue affirme toujours son opposition radicale au capitalisme, mais attention, il n’est plus question de l’attaquer frontalement au risque de la guerre civile. Il est seulement question de « dépasser » progressivement le système néo-libéral. Mais comment ?
Assez vite, à l’exemple de l’évolution des ex-communistes italiens, s’est installée alors chez Hue et ses camarades de la « Mutation », l’idée qu’en définitive, la seule position réaliste face au capitalisme était de l’accepter et dans la mesure du possible de panser les plaies sociales. C’est d’ailleurs ainsi que le Parti démocrate italien, celui des ex-communistes, est arrivé au pouvoir, pour le quitter sans gloire au vu des piètres résultats [4].
L’itinéraire politique de Robert Hue ne nous intéresse ici que dans la mesure où il illustre cette dérive et cette résignation [5]. Soutien (parfois critique) de François Hollande, Robert Hue s’est jeté dans les bras d’Emmanuel Macron avant même l’élection. Et ceci au nom d’une nébuleuse Révolution progressiste…
Elle est belle, la Révolution progressiste du Président Macron…

Notes

[1Élu d’abord sénateur communiste, Robert Hue a ensuite adhéré au groupe sénatorial du Rassemblement démocratique et social européen

[2Car innombrables sont dans le monde politique les évolutions surprenantes, les reniements « réalistes » des idéaux de jeunesse, etc. etc.

[3Robert Hue, Communisme, la mutation, Stock, 1995

[4On sait qu’il gouverne à nouveau aujourd’hui dans une alliance improbable et sans principes avec le Mouvement Cinq Étoiles

[5Robert Hue, Les partis vont mourir… et ils ne le savent pas, Éditions de l’Archipel, 2014

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