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La crise des gilets jaunes et l’idéologie dominante

mercredi 26 décembre 2018, par René Merle

et un rappel de 1995.

L’idéologie dominante pèse sur nous par mille canaux.
Il y a « ceux qui savent », les spécialistes, les savants, les attitrés sociologues, historiens, philosophes, etc.
Ils appuient leur autorité de recherches et de travaux conséquents, ils ne parlent pas à la légère. Leur intervention n’en a que plus de poids quand elle veut éclairer l’opinion sur une crise en cours.
Ainsi de 1995 [1], alors que la révolte populaire allait faire reculer la réforme Juppé, nombre de ces autorités du savoir s’engagèrent aux côtés du Premier Ministre (dont notre actuel Premier Ministre est le disciple), par un appel qui était un véritable coup de poignard dans le dos des grévistes [2].

Aujourd’hui, ces mêmes autorités sont beaucoup plus circonspectes. Elles avaient pour la plupart salué l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, elles avaient clairement affirmé leur soutien à la Loi Travail et à la réforme de la S.N.C.F. Les voilà quelque peu circonspectes devant l’inattendu vent de protestation populaire, qui ne vient pas de là où on pouvait l’attendre… Pas de tir groupé comme en 1995, en tout cas pas pour le moment. On s’en tient aux constats.

Parmi les autres vecteurs de l’idéologie, on peut citer aujourd’hui au premier chef une coterie de journalistes-oracles grandement médiatisés, qui, contrairement aux « autorités » évoquées ci-dessus, ne justifient leur morgue et leur prétention que leur position dans les médias.
Le mois qui vient de s’écouler a montré clairement la place qu’ils ont essayé de jouer dans le conditionnement de l’opinion.
Un récent article d’Acrimed est tout à fait éclairant à cet égard :
https://www.acrimed.org/Panique-med....

Notes

[1On relira avec profit l’ouvrage collectif Le "décembre" des intellectuels français, Liber-Raisons d’agir, 1998

[2Texte-pétition publié dans le Monde le 2 décembre 1995 :
« En prenant clairement parti en faveur d’un plan de réforme de la Sécurité sociale, qui s’engage dans "la mise en place d’un régime universel d’assurance maladie financé par l’ensemble des revenus comme l’a dit Nicole Notat, la CFDT a fait preuve de courage et d’indépendance d’esprit.
Chacun sait que la situation de la Sécurité sociale ne pouvait plus s’accommoder de replâtrages qui se soldaient en définitive par une hausse des cotisations et une baisse des prestations. En s’engageant sur la voie d’une cotisation étendue à tous les revenus, pas seulement salariaux, le plan Juppé a pris acte de l’archaïsme d’un système qui pénalisait l’emploi et dont la philosophie était restrictive en termes d’accès aux soins. En proposant de développer la maîtrise médicalisée des dépenses de santé et d’aller vers un suivi individuel des patients, il engage une inflexion de la politique de santé vers une action davantage préventive. Enfin, en proposant de modifier la gestion des systèmes de santé par le vote du budget de la Sécurité sociale par le Parlement, il peut ouvrir la voie à un véritable débat sur les options de la politique sanitaire et sociale, et sur les rôles respectifs du Parlement et des partenaires sociaux. Sur ces trois points, la réforme est une réforme de fond qui va dans le sens de la justice sociale.
Bien entendu, le plan gouvernemental comporte des aspects contestables : ceux-ci concernent la politique familiale, l’avenir des systèmes de retraites et en filigrane la politique fiscale, qui peuvent susciter de légitimes inquiétudes sur leurs principes et leur mise en oeuvre. Ils mériteraient une démarche d’analyse et de concertation de même nature que celle du Livre blanc sur les retraites. Notre engagement en faveur des mesures de fond prises concernant l’assurance maladie vaut engagement de vigilance accrue sur ces autres points. Mais, vu les atermoiements de la gauche politique sur ces questions, nous, intellectuels, militants associatifs, responsables ou experts, nous entendons nous aussi prendre nos responsabilités et nous engager à défendre des options qui visent à sauvegarder un système qui garantisse à la fois la solidarité et la justice sociale. »
Premiers signataires : Gilles Achache, Claude Alphandéry, Elie Arié, Guy Aznar, Jacqueline Aznar, Jean Beauville, Pascale Beck, Daniel Behar, Alain Blanc, Pierre Bouretz, Dominique Bourg, Rony Brauman, Guy Brouté, Pascal Bruckner, Bernard Brunhes, André Bruston, Henri Bussery, Jean-Yves Calvez, Bertrand Cassaigne, Roland Cayrol, Gilbert Cette, Louis Chauvel, Jacques Chérèque, Daniel Cohen, Henry Colombani, Jeannette Colombel, Guy Coq, Daniel Croquette, Simone Daret, Daniel Defert, André Delvaux, André Demichel, Francine Demichel, Michel Dessaigne, Jean-Philippe Domecq, Jacques Donzelot, Brigitte Dormont, François Dubet, Nicolas Dufourcq, Echanges et Projets, Alain Ehrenberg, Corinne Ehrenberg, Bernard Eme, Philippe Essig, Hughes Feltesse, Alain Finkielkraut, Jean-Paul Fitoussi, Jean-Baptiste de Foucauld, Patrick Gagnaire, Marc Gagnière, Antoine Garapon, Jean-Pierre Gattégno, Xavier Gaullier, François Gèze, Jacques Le Goff, Yvon Graïc, Benoît Granger, Alfred Grosser, Jeanyves Guérin, Jean-Paul Guislain, Hervé Hamon, Pierre Hassner, Jean-Paul Jean, Isabelle Jegouzo, Marie-Eve Joël, Jacques Julliard, Sylvain Kahn, Pierre Kahn, Serge Karsenty, Antoine Kerhuel, Jean de Kervasdoué, Jean-François Laé, Jean-Louis Laville, Antoine Lazarus, Marie-France Lecuir, Claude Lefort, Jean Le Gac, Thierry Lehnebach, Antoine Lejay, Jean-Claude Le Maire, Christian Le Pape, Maximilienne Levet, Jacques Lévy, Yves Lichtenberger, Daniel Lindenberg, Claude Llabres, Michel Lucas, Henri Madelin, Philippe Madinier, Marie Maes, Nicole Maestracci, Michel Marian, Jean Marquet, Frédéric Martel, Antoine Martin, Hélène Mathieu, Maïté Mathieu, Christian Mellon, Pierre-Michel Menger, Christine Meyer-Meuret, Martine Michelland-Bidegain, Denys Millet, Georges Minziere, Najet Mizouni, Thierry Monel, Olivier Mongin, Francis Montes, Jacques Moreau, Daniel Mothé, Olivier Nora, Denis Olivennes, Erik Orsenna, Maurice Pagat, Serge Paugam, Luc Pareydt, Marie-Claire Picard, Bernard Perret, Michelle Perrot, Guy Peyronnet, Philippe Pibarot, Jean-Pierre Pillon, Françoise Piotet, Jean-Claude Pompougnac, René Pucheu, Hughes Puel, Yves Raynouard, Gilles-Laurent Rayssac, Gilles Renaudin, Paul Ricoeur, Jacques Rigaudiat, Robert Rochefort, Joël Roman, Pierre Rosanvallon, Guy Roustang, Denis Salas, Gérard Sarazin, Michel Schneider, Isabelle Seguin, André Senik, Alfred Simon, Martin Spitz, François-Xavier Stasse, Henri-Jacques Stiker, Serge Ter Ovanessian, Irène Théry, Henri Théry, Marie-Olga Théry, Michel Théry, Paul Thibaud, Véronique Thiebaut, Alain Thomasset, Guy Tissier, Sylvie Topaloff, Armand Touati, Jean-Claude Toubon, Alain Touraine, Henri Vacquin, Louis-André Vallet, François Vidal, Georges Vigarello, Jérôme Vignon, Bertrand Wallon, Michel Wieviorka, Michel Winock, Jean-Pierre Worms, André Wormser, Gérard Wormser.

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