La Seyne sur Mer

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Sicile 1894

mardi 24 septembre 2019, par René Merle

Un épisode tragique et glorieux du mouvement ouvrier et paysan

En me réjouissant une fois de plus des trésors que Gallica met à notre disposition, me voilà feuilletant cette ouverture sur le monde (ouverture "apolitique", contrôlée et manipulatrice) que fut pour nos anciens le supplément illustré du Petit Journal.
Alors qu’aujourd’hui l’Italie, dans ses péripéties électorales, fait l’actualité de tout autre façon, voici en couverture de janvier 1894 une actualité qui nous renvoie aux premiers fascistes. Attention, pas ceux de 1921, même si le camarade Mussolini, ex-dirigeant du parti socialiste italien, leur a emprunté le nom. Ni ceux d’aujourd’hui, ex-néo-fascistes parfaitement et respectablement intégrés dans la droite italienne. Ni les ultras nostalgiques de Benito et de la chemise noire, que Berlusconi drague outrageusment...
Fasci, faisceaux, le mot est superbe, et combien parlant, quand on croit, comme il a été dit, que ce sont les masses qui font l’Histoire, les masses unies par des idéaux de progrès démocratique et social, et non les multitudes à la mode d’aujourd’hui unies par les réseaux sociaux et la télé réalité...
Il s’agit donc des Fasci siciliani dei lavoratori (Faisceaux siciliens des travailleurs), qui, à l’imitation des Fasci ouvriers de l’Italie septentrionale, unirent à partir de 1891 dans la grande île les forces protestataires du prolétariat urbain, des mineurs et travailleurs des solfatares, et, massivement, des ouvriers agricoles, contre le patronat rapace, les grands propriétaires terriens, les possédants féodaux et l’état central qui les protégeait. Le mouvement fut écrasé dans le sang par les "forces de l’ordre" (?) du président du conseil Crispi (sicilien lui aussi) en 1894. (Sur Crispi, lire les pages définitives de Gramsci).
Voici donc un épisode tragique et glorieux du mouvement ouvrier et paysan, que, dans notre tradition de célébrer des défaites, il n’est cependant pas inutile de rappeler, alors que la Sicile n’est plus que synonyme de mafia pour le commun des mortels (une mafia ancestrale que les Américains ont magistralement remise en scène à partir de 1943), ou synonyme de dépaysement touristique ("Vous avez fait la Sicile ? - Non, pas encore, mais ça ne saurait tarder").
Dans cette Italie qui se partage entre rejet de la politique et populisme, revival du communisme pragmatique romagnol, centrisme technocratiquement breveté, et, surprise pour qui n’avait pas voulu voir, le retour en force de l’inusable Berlusconi, évoquer cette audace populaire sicilienne, et cette brutalité du pouvoir, ne peut que sembler hors sujet, hors jeu, et hors temps... Pourquoi ne pas laisser cela aux historiens ou aux amateurs de jeux de rôle, catégorie guerres sociales ?
D’autant que le centre gauche (amalgame mollasson d’anciens communistes et d’anciens démocrates-chrétiens) – gouverne à nouveau (pour gérer à la Hollande, dont il se réclame, et donc ajouter la désillusion à la désespérance) - n’a que faire de la combativité des bras nus siciliens de 1894...
Il n’empêche...

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