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Nazisme

vendredi 25 janvier 2019, par René Merle

Hitler au pouvoir : personne n’a été pris en traitre

Dans un billet récent, un correspondant évoquait ces « partis politiques, toujours à travers l’histoire, qui transformés en religions totalitaires, n’ont rien eu à envier aux religions en ce sens. »
Suivez mon regard : en ce qui concerne l’histoire contemporaine, depuis nombre d’observateurs et de philosophes (nouveaux ?), ce constat s’appliquerait aux deux versants d’un même totalitarisme né des convulsions de la guerre de 1914-1918, le communisme et la nazisme.
Voyons cela d’un peu plus près.
« Le pouvoir rend fou » écrivait encore mon correspondant dans le billet cité. Formule que je partage et qu’ont illustrée tant d’hommes politiques parvenus (plus ou moins) démocratiquement au pouvoir, et qui sont devenus des autocrates entourés de courtisans, ou des despotes entourés d’exécuteurs.
Mais, en ce qui concerne le nazisme, je ne dirai pas que le pouvoir rend fou. En effet, en accédant au pouvoir en 1933, Hitler n’a fait que mettre en œuvre ce qu’il proclamait depuis le début des années 1920. La supposée « folie » est initiale, et constitutive du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), fondé par Hitler en 1920 ; la doctrine du national-socialisme (Nationalsozialismus) est clairement énoncée par l’ouvrage de Hitler, Mein kampf, publié en 1925-1926. C’est une doctrine qui ne vise en rien à l’universel, et qui ne concerne que le Peuple allemand :
« Ein Volk, ein Reich, ein Führer !  »
On pourrait ajouter « eine sprache » puisque tous les germanophones d’Autriche, de Suisse, de Tchécoslovaquie, de la Baltique et des Balkans étaient concernés par le slogan. La suite en a hélas témoigné.
On connaît bien les cinq sources entrecroisées de l’entreprise nazie :
— Le trauma de la défaite, et l’injustice du Traité de Versailles, qui allaient nourrir un ressentiment général.
— Le désarroi des classes moyennes devant la crise économique qui les jette dans l’insécurité.
— L’acuité des luttes de classe et les mouvements révolutionnaires de 1919-1920 : le parti national-socialiste a voulu "récupérer " les ouvriers par la perversion du qualificatif "socialiste", et par le remplacement du drapeau national par le drapeau rouge.
— L’aide décisive apportée par le grand capital au Parti qui garantira ses intérêts, face à la menace révolutionnaire.
— La greffe panthéiste communautaire germanique sur le vieux fond chrétien, et l’adhésion à la figure charismatique du Chef Guide, véritable divinité sur terre.
Le nazisme ne se présente pas comme une doctrine universelle, à l’image du christianisme ou du communisme ; il ne s’adresse qu’au Peuple élu, identifié à la plus haute échelle des races. L’avenir n’est pas dans l’avènement d’un homme nouveau. Cet homme existe déjà, et sa mission est de purifier "racialement" et idéologiquement la société allemande, par l’élimination physique des opposants (communistes au premier chef), des "corps étrangers" (Juifs, Tziganes...), des "dégénérés" (handicapés, malades mentaux, homosexuels...). Corollairement, la mission du Peuple élu est d’asservir ou d’anéantir physiquement les peuples de son espace européen proclamé vital.
On le voit, ce qui se passera de 1933 à 1945 était déjà annoncé dans le programme et la propagande nazie des années précédentes. Personne n’a été pris en traitre. Et l’on mesure la terrible responsabilité de la Droite allemande qui a appelé au pouvoir un Parti non majoritaire (33% des suffrages).

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