La Seyne sur Mer

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Gilets rouges ?

jeudi 27 décembre 2018, par René Merle

« La leçon des Gilets jaunes aux Gilets rouges » ? (à propos d’un article de Jacques Bidet)

Dans un article publié récemment dans Libération, le philosophe Jacques Bidet, dont on connaît de longue date le militantisme et l’apport théorique, a lancé un appel qui mérite réflexion :
Bidet

Il y écrit notamment :
« La « gauche populaire », appelons ainsi celle qui s’est retrouvée sur le vote Mélenchon à la présidentielle de 2017, a vu les gilets jaunes reprendre une bonne part de ses revendications. Et pourtant elle n’en ressort pas revigorée. A-t-elle vraiment compris la leçon qui lui a été administrée ? »
Et de ce constat il tire une conclusion :
« La mobilisation de ces dernières semaines doit servir de leçon à la gauche populaire, incapable de surmonter ses divisions. Plutôt que de multiplier les partis et les mouvements, elle doit constituer des collectifs locaux, lieux de débats et d’action citoyenne. »

Je vous conseille de lire cet article et de le méditer.
Mais, avec toute ma sympathie, je me permettrais d’apporter un bémol, fondé sur l’expérience de ces dernières années. Depuis la victoire du NON au référendum de 2005, combien avons-nous vu de vagues de créations de Comités citoyens, Comités d’initiative citoyenne, et autres regroupements éphémères ouverts à toutes les sensibilités progressistes… Leurs buts, plus ou moins clairement exprimés, étaient de fonder une démocratie participative où le pouvoir réel est détenu par les citoyens, et de s’attaquer à « la racine du mal », le capitalisme néo-libéral.

On sait aussi comment ces tentatives ont été contournées, ou phagocytées, par la création du Front de Gauche, collectif de partis et d’associations, puis, devant le constat de l’échec du Front de Gauche, par la création de La France insoumise qui se veut et se proclame la représentante hégémonique des aspirations populaires…

Et voilà que, sans tambours ni trompettes, le mouvement des Gilets jaunes est venu modifier la donne. Ce mouvement est né comme une érection, et, par définition, une érection ne se fait pas sur commande et ne se contrôle pas. Ce mouvement ne s’est pas manifesté par l’organisation de Comités, mais par la naissance des groupes locaux d’action efficace. Ce mouvement ne se réclamait pas pas d’une idéologie précise, et son désir affirmé de reconnaissance citoyenne peut s’alimenter de courants idéologiques hétéroclites.

La « Gauche populaire » que Jacques Bidet appelle à se regrouper « à la base » ne s’est manifestement jamais retrouvée, jusqu’à aujourd’hui, devant un feu de plaine spontané de Comités citoyens.
Et quand elle a appelé, ou contribué à leur création, ceux qui ont répondu étaient les plus motivés, les plus militants, qui se sont retrouvés dans l’entre-soi d’un lieu de rencontre plus ou moins ghettoïsé. Et l’écho médiatique a été d’autant plus faible que ce lieu de rencontre ne débouchait pas sur des actions concrètes.
Bref, aussi sympathiques que soient les initiatives, on était encore bien loin de ce que l’on peut appeler un Soviet, pour reprendre le mot russe qui signifie « conseil ». Soviet veut dire lieu de fusion protestataire, unissant à la base et dans l’action une grande partie de la population. Dans notre grande Révolution, on appelait cela les « Sociétés populaires ».
Mais on sait comment le gouvernement montagnard a contrôlé puis éteint l’énergie révolutionnaire des Sociétés populaires. On sait aussi ce qu’il est advenu des Soviets russes, dont la permanence lexicale demeurait dans l’appellation officielle de République socialiste soviétique, mais dont le contenu réel avait été presque immédiatement subverti par le contrôle du Parti.

Il n’empêche. La question que pose Jacques Bidet demeure des plus pertinentes et il n’est certainement pas seul à se la poser, car c’est par centaines de milliers que des citoyens se sentent orphelins d’un vrai lieu de rencontre et d’action.
Je vais un peu fouiller dans mes archives pour retrouver une réflexion que j’avais publiée en réaction à l’épisode breton des Bonnets rouges, où je mettais mes idées au clair sur cette même question. J’y reviendrai donc.

1 Message

  • Gilets rouges ? Le 27 décembre 2018 à 11:00, par Olivier Girolami

    Bonjour René.
    Quel casse tête l’état politique actuel !
    Une "Gauche Populaire" incapable de se regrouper et d’avoir de l’horizontalité (ceci explique peut être cela), le météorite "Gilets Jaunes" qui endosse le rôle du "mariage à l’Italienne" (cf. ton article du 7 novembre – "La nouvelle situation Italienne, et nous…"), un PS en mort cérébrale à qui on prélève déjà des organes, LR… au fait ils existent encore ?, un RN qui est toujours fort et une LREM qui raffle la mise si on en croit les sondages pour les européennes !…
    Merci pour ton billet et l’article de Libé.
    Amicalement.

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