La Seyne sur Mer

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Théodore Botrel - l’anti Internationale

samedi 26 janvier 2019, par René Merle

Un florilège des poncifs nationalistes

Théodore Botrel [1868-1925] fut un chansonnier extrêmement populaire, ancré dans sa vision conservatrice et rassurante de la Terre, notamment bretonne. L’anti Couté en quelque sorte... Membre de l’antidreyfusarde Ligue de la patrie française, voici la chanson qu’il lança contre l’hymne révolutionnaire, l’Internationale, qui, mis en musique en 1888, commençait à être largement diffusé. On reconnaîtra au fil des couplets la saga de l’Histoire de France que l’école publique naissante inculquait aux fils du peuple...

La Terre Nationale. Réponse à l’Internationale, dédié à TOUS les patriotes français [1]

De même que du fond de l’âme / Nous n’aimons, d’un aveugle amour, / Que la vaillante et noble femme / Qui, jadis, nous donna le jour ; / Dans l’univers entier, de même, / Il n’est, sous le bleu firmament, / Qu’une seul terre qu’on aime / Comme une seconde maman.

Refrain // C’est la Terre Nationale / Qui de morts est l’immense tombeau [2] / Pour garder la Terre Natale, / Soyons tous prêts à risquer notre peau. / Pour la Terre Nationale, / Serrons nos rangs sous le même Drapeau.

C’est la Terre douce et féconde / Où la brise de Messidor / Fait onduler la Moisson blonde / Comme un Océan d’épis d’or ; / C’est la Terre où, tous les Automnes / La vigne cuite au gai soleil / Verse, joyeuse, à pleines tonnes, / Au monde entier son sang vermeil !

C’est la verdoyante campagne / Qu’à Tolbiac sauva Clovis ; / C’est la Terre de Charlemagne, / De Roland, du « bon Roy Loys » ; / C’est la Terre qui, déchirée, / Vit soudain bondir au rempart / Duguesclin, Jeanne l’Inspirée / Et le fier chevalier Bayard.

C’est la Terre des Henry Quatre, / Des Turenne et des Grand Condé, / Des Preux toujours prêts à se battre / Quand l’honneur en a décidé ; / C’est la glèbe ardente et jalouse / Des libertés de ses sillons : / La Terre qu’en Quatre-vingt-douze / Sauvèrent ses fils en haillons [3] !

C’est la Terre de sang trempée / D’où la Grande Armée en fureur / Surgit, mûre pour l’Épopée, / A la voix de son Empereur ; / C’est la Terre enfin mutilée / Par le plus brutal ennemi : / La Pauvre Terre désolée / Dont le Chagrin n’est qu’endormi [4]

Et c’est Toi, Patrie adorable, Que d’aucuns voudraient déserter, / C’est ton Drapeau qu’un misérable / Sur le fumier voudrait planter ! / De peur que ces Iscariotes [5] / Ne la vendent à l’Étranger, / Cœur contre cœur, fils patriotes, / Entourons la Mère en danger !

Notes

[1À la différence des Monarchistes, tout un courant de la Ligue voulait ratisser au plus large, y compris, au-delà même du camp républicain, dans le camp socialiste

[2Ah Barrès...

[3Appel au nationalisme républicain, dont les Radicaux comme les Guesdistes étaient porteurs ; et c’est bien sur cette base que les guesdistes partirent la fleur au fusil en 1914, quand Guesde devient ministre de l’Union sacrée

[4L’Alsace et la Lorraine...

[5Allusion à tiroirs : de Juda l’iscariote on passe facilement aux Juifs...

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