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Postmodernes… et impuissants ?

mercredi 27 novembre 2019, par René Merle

Individualisme et salut collectif ?

J’ai l’impression de faire du surplace, en reprenant ici l’antienne que je répète depuis des années. Car, c’est une affaire entendue, nous sommes dorénavant postmodernes, et bien pris dans la nasse.
À l’intersection de la philosophie, de la psychanalyse, de l’anthropologie, du marxisme et j’en passe, les études abondent qui découvrent ce que le commun des mortels sait déjà, en le vivant le nez sur la vitre : dans notre petit monde occidental, les temps sont plus que jamais à l’égoïsme jouissif, délivré désormais des dominations patriarcales, idéologiques ou religieuses, des solidarités de lieu et de classe et des tabous du sexe, désengagé du bien commun et des espérances politiques, mais un égoïsme englué dans une consommation pulsionnelle sans cesse relancée par les stimuli publicitaires et le conformisme adéquat.
Ainsi le libéralisme « post-moderne » nous ouvre la carrière d’une liberté, dans laquelle nous ne voyons aucune servitude, sauf quand la limitation de consommer (salaires de misère, précarité, licenciements, chômage...) renvoie à la survie.
Mais, même dans les affres et parfois les luttes de cette survie, l’horizon demeure désespérément celui de garder une place (à tous les sens du mot), sinon sa place, dans cette nouvelle société, et en aucun cas, (provisoirement en tout cas), de la changer.
Et il faudrait vraiment être un petit révolutionnaire de salon pour reprocher aux plus démunis d’ignorer "la lutte finale", et de chercher seulement à sortir la tête de l’eau. Comme il faudrait être vraiment aveugle pour imaginer que le flot actuel d’immigrés puisse être spontanément vecteur d’une lutte pour la transformation sociale, alors que ces immigrés souhaitent d’abord refaire leur vie dans une société qui leur apparaît bien meilleure que celle qu’ils quittent...
Alors monte le chant de la déploration post-révolutionnaire : les travailleurs, par ailleurs consommateurs pulsionnels (sans cesse tentés, et souvent frustrés), ne peuvent que se désinvestir de toute velléité d’agir vraiment contre la domination du capital, (si tant est que, depuis la Commune, le mouvement ouvrier, en dépit de sa phraséologie, ait été véritablement révolutionnaire ?).
Tout au plus, s’ils font encore partie de la moitié des Français qui croient encore aux vertus de la politique, délégueront-ils leur pouvoir citoyen aux réformistes de l’alternance institutionnelle (DSK devait en être le parfait Élu... On connaît la suite, de Hollande à Macron).
Et, si ces travailleurs font partie de l’autre moitié, penseront-ils retrouver, avec un vote F.N, une solidarité des "petits", des "sans voix", une demande d’autorité et de plus d’État, sous les plis d’un drapeau national ringardisé par les élites et les Belles Âmes...
Si tout est vrai, si tout se tient dans ces constats de l’irrésistible mutation "postmoderne", il ne reste sans doute plus qu’à tirer l’échelle, et à se ranger, monade parmi les monades, dans la morosité de l’impuissance ou des bonnes œuvres...
C’est évidemment dans la discussion et le refus de cette perspective que ce site prend son sens, toujours en partant de l’expérience historique, pour en revenir au présent.
Dieu (?) veuille que, ce faisant, ce site n’attire pas sur lui la terrible critique qu’adressait aux philosophes allemands un des pères du communisme, Moses Hess, dans sa Triarchie européenne, 1841 : " les Allemands se sont évertués à camoufler leur inaction par l’histoire des actions ".

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