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Retour sur la présumée « identité provençale » ?

vendredi 29 novembre 2019, par René Merle

Un éclairage de l’histoire, parmi d’autres…

Comme j’ai été longtemps payé, à propos de la Provence, pour vérifier à mon corps défendant quelles passions « identitaires » pouvait soulever à l’égard de la Provence le mot « identité », - terme que je n’aime guère ainsi livré tout brut et prêt à l’emploi -, je donne ici quelques précisions (qui n’épuisent pas le sujet !) suite à mon récent article : Langues de France. Appel à manifester... et encore plus récent Inondations et Héliotropie.
Je renvoie d’abord à mon déjà vieil interview dans l’Express : « La Provence, une terre d’échanges et de brassages ».
Et je reprends aussi ce billet de 2014, qui m’avait été inspiré par une ballade au pied de la Sainte Victoire, où Marius écrasa les Teutons…

« J’ai reçu il y a quelques jours une demande d’interview d’un sympathique mensuel marseillais, encore et toujours sur le thème de l’identité, et en particulier de l’identité provençale, dont j’ai si souvent traité, et ailleurs (de la Marseillaise à l’Express, en passant par Libéet Aquò d’Aquí...). Je vous en épargne les références [1].
Répondre par téléphone à des questions que l’on découvre, sans avoir vraiment pu préparer des réponses, est toujours un exercice périlleux, d’autant que l’on n’ignore pas qu’une longue entrevue se réduira à quelques lignes dans le corps d’un article, quelques lignes dont le thème n’est pas toujours celui qui vous apparaît le plus important.
Mais baste, refuser aurait été peu productif, et pas gentil pour un journal qui sait soulever les bons lièvres régionaux. Je lui ai donc parlé de l’identité, sans conviction, car, dois-je l’avouer une fois de plus, je me méfie de l’identité, fut-elle provençale...
Rassurez-vous, je ne vais pas recommencer ici.
À propos d’identité, je voudrais seulement oublier un moment Tartarin, Daudet, tutu panpan, les Rouges du Midi, Maurras, les Félibres, Pagnol, Giono, les Occitanistes, les Gavots, l’immigration italienne et l’immigration maghrébine, la Feria, les Gardians de Camargue, Fernandel, la bouillabaisse, les Héliotropes (aïe aïe aïe les Héliotropes), les aménageurs, l’O.M., le rugby, le rosé nouveau et la tapenade, etc., etc., pour remonter un peu dans le passé, un passé qui n’est sans doute pas à l’esprit des innombrables usagers de l’autoroute Aix-Nice, lorsqu’ils traversent ce paysage du pied de la Montagne Sainte Victoire, à l’Est immédiat d’Aix en Provence.
Aix, qui fut la capitale du Comté de Provence avant son rattachement à la France, à la fin du XVe siècle, et dont le nom procède du nom latin, Aquae Sextiae, de la cité fondée par les conquérants romains en 118 av. J.-C...
Nos ancêtres romains venaient sans vergogne de prendre possession d’une région occupée depuis quelques siècles par une fédération de Gaulois Salyens, quelque peu mâtinés de Ligures (que l’on disait secs et petits), puisque nos grands Celtes avaient, sans vergogne non plus, submergé les populations, appelées faute de mieux Ligures, qui vivaient ce sol depuis la nuit des temps (sans garantie sur qui aurait occupé ce sol avant les Ligures, par exemple ceux qui, vingt ou trente mille ans avant J.-C., peignirent les phoques et pingouins de la grotte Cosquer)...
Doit-on rappeler que nos amis les Romains n’étaient soi disant venus que pour porter secours à d’autres immigrants depuis longtemps implantés sur le littoral, j’entends les Grecs phocéens de Massilia (Marseille), en bisbille avec nos Celto-Ligures bien installés sur les oppida de la région. Celui d’Entremont, qui dominait le site du futur Aquae Sextiae, est, comme celui tout proche de Roquepertuse, connu pour sa statuaire aux têtes coupées... Rudes gaillards, les Salyens !
Mais voilà que, nos Romains à peine installés, déferle sur la région le peuple en marche des Teutons, flanqués de leurs alliés Ambrons, qui avaient quitté leur Germanie pour marcher sur le Sud et s’y installer...
Ouf, Marius nous en débarrassa, en massacrant sur ce magnifique site du pied de la Sainte Victoire, quelque 100.000 Teutons, hommes, femmes et enfants, dont les cadavres, puis les ossements, jonchèrent bien longtemps cette plaine aujourd’hui plantée de vignes, et la légende dit que le nom de la localité de Pourrières en procède...
Mais il a bien dû demeurer quelques Teutons par ci par là, sans oublier les Cimbres, peuplade germanique originaire du Jutland, qui, ma foi, jugeaient la future région PACA assez fréquentable...
Donc, récapitulons question chromosomes : du ligure, du celte, du grec, du germain, du romain (et j’en oublie sans doute...). Et question langues, celles des quatre premiers bientôt disparues au profit de celle du cinquième, dont le provençal, et le français, sont deux lambeaux actuels.
Bref, supposition absurde j’en conviens, si, téléportés à la fin du second siècle avant J.-C., le journaliste et moi avions dû théoriser sur les identités et le plurilinguisme de notre région, qu’aurions nous dit de ce melting pot initial assez rudement tambouillé, et de l’ADN qui en procéda ? »

Notes

[1Voir par exemple mon blog Archivoc.

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