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Mort de Courbet, Jules Vallès.

dimanche 30 juin 2019, par René Merle

« Les hommes comme Courbet sont amenés malgré eux au combat »

Voici l’article que donna Vallès dans Le Réveil, 6 janvier 1878 :
« La colonne perd son otage : celui qui devait payer les pots cassés de la gloire vient d’être lui même cassé par la mort [1]. Il y avait longtemps que l’agonie avait commencé : elle avait sauté sur l’homme le même jour que les agents.
Ce fils des champs, cet échappé d’Ornans, ce descendant de campagnards tannés par le grand air, il avait, en mettant le pied dans une prison, mis le pied dans un cimetière, et je m’étonne seulement que la maladie ait mis tant de temps à la déboulonner.
Il s’est trouvé, il se trouvera devant cette tombe des gens pour lui reprocher d’avoir passé de l’atelier dans la rue et planté son chevalet au milieu des barricades… Les hommes comme Courbet sont amenés malgré eux au combat. Dans notre société moulée par Napoléon, il faut accepter un numéro de régiment, la consigne et la discipline. Les peintres, tout comme les pioupious, ont leurs casernes et les généraux s’appellent des académiciens. Courbet déserteur veut peindre à sa façon, peindre ce qu’il voit, peindre des vivants au lieu des morts. Il aboutira fatalement à la prison, à l’exil, à la fin obscure, loin de la patrie.
Les coups de pistolet qu’on tire contre la tradition, même quand la crosse du pistolet est un pinceau, dérangent la tranquillité ou la servilité des lécheurs de tableaux, des lécheurs de ministres… Quiconque en ce siècle d’orage, à cette heure du monde, se détache du tas et fait un pas en avant est condamné à l’éternel danger.
Cible d’un côté ; drapeau de l’autre…
Après tout, ne le plaignons pas !... Il a traversé les grands courants, il a plongé dans l’océan des foules, il a entendu battre comme des coups de canon le cœur d’un peuple, et il a fini en pleine nature, au milieu des arbres, en respirant les parfums qui avaient enivré sa jeunesse, sous un ciel que n’a pas terni la vapeur des grands massacres, mais qui, ce soir peut-être, embrasé par le soleil couchant, s’étendra sur la maison du mort comme un grand drapeau rouge. »

Notes

[1Courbet avait été condamné à payer les frais de la démolition par la Commune de Paris de cette Colonne érigée en l’honneur de Napoléon. Son exil suivra

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