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Pierre Leroux. Nous sommes entre deux mondes

samedi 29 décembre 2018, par René Merle

Pierre Leroux, vers le monde de l’égalité

Lors d’une secousse politique ou sociale, que de fois n’a-t-on pas dit : « Rien ne sera plus comme avant… », « Nous sommes à l’aurore d’une ère nouvelle », etc. etc.
Ainsi de nos commentateurs attitrés, sociologues et politiques qui découvrent aujourd’hui l’apparition des Invisibles Gilets jaunes qu’eux aussi avaient ignorés, et qui s’en vont clamant : « Rien ne sera plus comme avant »…
On peut en sourire, tant les lendemains ont souvent déchanté.

Mais il n’empêche que le constat a été souvent juste : The Times They Are A-Changin’, comme chanta Dylan.
Ainsi de cette période que j’ai commencée à présenter ici à partir de quelques documents sur les communistes néo-babouvistes dans la rubrique rub.
« Néo-babouvistes » : l’expression porte en elle-même la vérité d’un temps qui, cinquante ans après la République thermidorienne et l’exécution de Babeuf, s’autorise d’une époque révolue pour affronter celle que chacun ressent comme nouvelle…

Et que l’on mesure que pour nous aussi, cinquante ans après, le souvenir de mai 68 est toujours agissant, ne serait-ce déjà parce que, après l’échec des protestations contre la Loi Travail, il nous renvoie à l’image d’une France apparemment désespérément assoupie [1] et qui se réveille d’une façon totalement inattendue…

Pour initier cette rubrique rub, j’ai chois ces années qui suivirent les Trois Glorieuses de 1830 : alors que la bourgeoise triomphante s’installait au pouvoir sur les débris de la vieille aristocratie, et pensait son règne installé pour toujours, beaucoup voyaient dans le basculement politique de 1830 l’annonce d’un autre basculement, qui nourrirait la République à venir d’égalité et de justice sociale… Le monde allait basculer, croyaient-ils.
On connaît la phrase prémonitoire que Pierre Leroux [2] plaça en ouverture de son ouvrage De l’Égalité (1838) : « Nous sommes entre deux mondes ; entre un monde d’inégalité qui finit et un monde d’égalité qui commence ».

Une phrase qui sera cent fois reprise, ainsi dans les publications d’Edmond Tissier, ouvrier imprimeur lithographe et poète ami de Leroux, qu’il disait avoir déchiré les voiles qui nous cachaient encore la sublime figure du prolétaire Jésus ». [3]

C’est l’entre-deux qui pose problème, un entre-deux qui peut durer bien plus longtemps que prévu, sans qu’advienne le monde heureusement annoncé, et parfois qu’en advienne tristement un autre. Comment ne pas penser au célèbre propos de Gramsci que j’appliquais à notre présent : Gramsci et notre actualité ?

Notes

[1Faut-il rappeler l’entame du célèbre article de Pierre Viansson-Ponté, « Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c’est l’ennui. Les Français s’ennuient. » (le Monde, 15 mars 1968)

[2Pierre Leroux, 1797, ouvrier typographe saint-simonien, puis socialiste, exposa son système dans de nombreuses publications à partir de 1838

[3la citation donnée ici ouvre Le Banquet égalitaire. Le Chant des travailleurs, par Edmond Tissier, Paris, 1847.

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