La Seyne sur Mer

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Fénéon – Monet

jeudi 6 décembre 2018, par René Merle

Un texte du tout jeune Félix Fénéon (1861), critique d’art novateur et militant anarchiste


Félix-Fénéon. Les Impressionnistes en 1886. Paris, Publications de La Vogue, 1886.
Ve Exposition internationale – du 15 juin au 15 juillet. Rue de Sèze, 8.

" M.Claude Monet. Les envois de M. Claude Monet se datent de 84, 85, et 86 : ce sont des impressions de nature fixées dans leur fugacité par un peintre dont l’œil apprécie instantanément toutes les données d’un spectacle et décompose spontanément les tons.
Ces mers, vues d’un regard qui y tombe perpendiculairement, couvrent tout le rectangle du cadre ; mais le ciel, pour invisible, se devine : tout son changeant émoi se trahit en inquiets jeux de lumières sur l’eau. Nous sommes un peu loin de la vague de Backysen, perfectionnée par Courbet, de la volute de tôle verte se crêtant de mousse blanche dans le banal drame des tourmentes. Étretat surtout sollicite ce mariniste ; il se complaît à ces blocs surgissants, à ces masses térébrées, à ces abrupts remparts d’où s’élancent, comme des trompes, des arcs-boutants de granite. L’Aiguille d’Étretat, - et, voilures bleutées à peine, de volantes barquettes s’invertissent crûment dans cette nappe dont le violet se mue là-bas en verts glaceux, précurseurs de bleus hésitants et d’incarnadins furtifs. Temps de pluie : les rocs, l’aiguille se dissolvent dans cette brume où de délicates harmonies jouent. Marine : une plage rosâtre, et des verts, des mauves et des violets se noient en des clapotis. L’intrados de la Manne-Porte. D’autres, - marines du golfe de Gênes. Cette Vue prise du cap Martin : un ciel pâlement vert où filent des vents étésiens ; au flanc d’un escarpement, un chemin d’ocre ; au fond, loin, des monts de vacillant améthyste.
Puis des paysages de l’Eure. La Meule : dans un pré dont le confin se marque d’un rang d’arbres plumuleux, une femme bleue et un enfant cachou, adossés à l’ellipsoïdal tas, se décolorent. Un Verger au Printemps : une jeune fille, dans une lumière filtrée par des branches florales, lit. Un Effet de neige à Falaise : des arbres grelottent sur des déclivités dont le thalweg donne un axe au tableau. Enfin, sous du bleu où roulent d’obèses petits cirrhus, les environs de La Haye et de Sassenhem : en carrés et en plates-bandes s’étendent tulipes de Cels, flamandes, tulipes de l’Écluse ; et leurs jaunes, leurs blancs panachés, leurs violets s’évanouissent dans la strideur pourpre des œils-du-soleil et des tulipes de Thrace."

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