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Louis de Villefosse, sur l’armée, 1950

vendredi 7 décembre 2018, par René Merle

Louis de Villefosse, « Armée nationale ou armée de guerre civile ? », "Esprit", mai 1950.

« […] Pourquoi donc tant d’hypocrisie ? Pourquoi ne pas appeler les choses par leur nom, pourquoi détourner les mots de leur sens ? Dire que dans la pensée de nos dirigeants (américains et français) notre armée actuelle est un instrument de défense nationale, ne correspond pas à la vérité. C’est un instrument de défense du capitalisme contre le communisme, c’est donc une armée de guerre idéologique, une armée de guerre civile. La guerre qu’on prépare se transformerait immédiatement, de toute évidence, en une guerre civile généralisée, en France, Italie, Belgique, et ailleurs. Et cette évidence est reconnue comme telle par les états-majors qui l’incorporent froidement dans leurs prévisions. Les plans de bataille d’autrefois disposaient des corps d’armée le long de la frontière, face à l’étranger. Aujourd’hui nous n’aurions que quelques divisions à opposer à une armée adverse, mais les études de nos stratèges qui, dans les revues militaires, s’efforcent de dégager une doctrine pour le temps de guerre, ces études, qui n’ont rien de secret, font une place grandissante aux actions destinées à briser l’opposition de l’intérieur, elles en élaborent la tactique, en définissent les moyens : formations de choc et de « nettoyage », équipes de fichage et de recherche du « renseignement », organismes de propagande, de contrôle des correspondances privées, etc. Qu’est-ce que cela veut dire, sinon qu’on s’organise pour « une guerre civile totale », au cours de laquelle dix ou douze millions de Français – non pas les riches, mais les pauvres – seraient suspectés, espionnés, traqués, arrêtés et, en partie du moins, physiquement « liquidés » ? »

Louis de Villefosse (1900-1984), officier de marine qui rejoint les FFL en 1940. Proche du PCF après la Libération, collaborateur du premier Libération. Il rompt avec le PCF après l’intervention soviétique en Hongrie en 1956.

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