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La Dame de Brassempouy

lundi 31 décembre 2018, par René Merle

Que peut-elle bien nous dire depuis son lointain Gravettien ?

Comme dans mes blogs précédents, une fois de plus en cette fin d’année, je me demande. Que regarde-t-elle donc ? Que peut-elle bien nous dire, la Dame de Brassempouy, dans sa langue à jamais inconnue ? Sans doute rien, rien de rien, car, depuis son gravettien plutôt frisquet (mais savait-elle seulement qu’on en était au gravettien, et pas encore au solutréen ?), elle n’imaginait certes pas que quelque 25000 ans après sa courte vie, un musée avec son effigie géante attendrait les visiteurs estivaux dans ce qui est devenu le département des Landes.

Elle ne nous dit rien, mais sa seule présence exhumée en 1894 – quelques centimètres d’ivoire de mammouth sculpté – nous donne le vertige. Le vertige de voir pour la première fois un visage, un vrai visage, énigmatique et émouvant, émerger de ce qu’il est convenu d’appeler la préhistoire, un fin et dur visage qui ne colle pas avec les têtes informes des obèses Vénus de l’époque, débordantes de graisse féconde. Le vertige de se demander si elle est la représentation, ou l’idéal, de ces quelques milliers de femmes porteuses de vie, et de leurs compagnons, - oui, à peine quelques milliers sans doute, maîtres du silex - qui peuplaient alors ce qui est devenu l’Europe, avec ses centaines de milliers d’habitants…

Et nous ne pouvons que nous répéter les interrogations faciles, mais inévitables, sur le sens de notre présence sur Terre, sur tout ce qu’il a fallu faire pour y subsister, sur le cheminement d’une espèce menacée et prédatrice, jusqu’à ses illusions actuelles de dominer une nature qui n’en peut plus, jusqu’à sa pulsion mortifère d’autodestruction collective, qui trahit sans doute les jeunes espérances dont le visage de la Dame était témoin, et garant…

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