La Seyne sur Mer

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Hugo - Louise Michel

mardi 14 janvier 2020, par René Merle

Hommage magnifique à Louise Michel, traînée dans la boue par toute la presse


ms autographe BNF

Écrit à chaud en décembre 1871, au lendemain du procès de Louise Michel, le texte fut publié dans le recueil posthume Toute la lyre.
Hugo, qui n’avait pas approuvé la Commune, n’en condamna pas moins la répression avec la plus grande fermeté et indignation ; dans l’abominable climat de répression de cette fin 1871, où les exécutions continuent à Satory [1], de pouvoir publier cet hommage magnifique à Louise Michel, traînée dans la boue par toute la presse. Mais, même si le poème devait demeurer confidentiel, Hugo y investit tout son grandiose imaginaire lyrique.

Viro Major

Ayant vu le massacre immense, le combat
Le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,
La pitié formidable était dans tes paroles.
Tu faisais ce que font les grandes âmes folles
Et, lasse de lutter, de rêver de souffrir,
Tu disais : " j’ai tué ! " car tu voulais mourir.

Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine.
Judith la sombre juive, Aria la romaine
Eussent battu des mains pendant que tu parlais.
Tu disais aux greniers : " J’ai brûlé les palais !"
Tu glorifiais ceux qu’on écrase et qu’on foule.
Tu criais : " J’ai tué ! Qu’on me tue ! - Et la foule
Ecoutait cette femme altière s’accuser.
Tu semblais envoyer au sépulcre un baiser ;
Ton œil fixe pesait sur les juges livides ;
Et tu songeais pareille aux graves Euménides.

La pâle mort était debout derrière toi.
Toute la vaste salle était pleine d’effroi.
Car le peuple saignant hait la guerre civile.
Dehors on entendait la rumeur de la ville.
Cette femme écoutait la vie aux bruits confus
D’en haut, dans l’attitude austère du refus.
Elle n’avait pas l’air de comprendre autre chose
Qu’un pilori dressé pour une apothéose ;
Et, trouvant l’affront noble et le supplice beau
Sinistre, elle hâtait le pas vers le tombeau
Les juges murmuraient : " Qu’elle meure ! C’est juste
Elle est infâme - A moins qu’elle ne soit Auguste "
Disait leur conscience. Et les jugent, pensifs
Devant oui, devant non, comme entre deux récifs
Hésitaient, regardant la sévère coupable.

Et ceux qui, comme moi, te savent incapable
De tout ce qui n’est pas héroïsme et vertu,
Qui savent que si l’on te disait : " D’ou viens tu ? "
Tu répondrais : " Je viens de la nuit ou l’on souffre ;
Oui, je sors du devoir dont vous faites un gouffre !
Ceux qui savent tes vers mystérieux et doux,
Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs donnés à tous,
Ton oubli de toi-même à secourir les autres,
Ta parole semblable aux flammes des apôtres ;
Ceux qui savent le toit sans feu, sans air, sans pain
Le lit de sangle avec la table de sapin
Ta bonté, ta fierté de femme populaire.
L’âpre attendrissement qui dors sous ta colère

Ton long regard de haine à tous les inhumains
Et les pieds des enfants réchauffés dans tes mains ;
Ceux-là, femme, devant ta majesté farouche
Méditaient, et malgré l’amer pli de ta bouche
Malgré le maudisseur qui, s’acharnant sur toi
Te jetai tout les cris indignés de la loi
Malgré ta voix fatale et haute qui t’accuse
Voyaient resplendir l’ange à travers la méduse.

Tu fus haute, et semblas étrange en ces débats ;
Car, chétifs comme tous les vivants d’ici-bas,
Rien ne les trouble plus que deux âmes mêlées
Que le divin chaos des choses étoilées
Aperçu tout au fond d’un grand cœur inclément
Et qu’un rayonnement vu dans un flamboiement.

Notes

[1Rossel, Ferré, Bourgeois le 28 novembre encore... Hugo était intervenu, en vain, pour obtenir la grâce de Rossel

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