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L’insurrection parisienne de 1834

mardi 1er janvier 2019, par René Merle

et l’appel à l’Union nationale

Déformation d’historien, les vœux à la fois lénifiants et menaçants de notre Président m’en ont rappelé bien d’autres dans notre histoire, appelant eux aussi, dans des termes que n’aurait pas reniés notre Président, à la cohésion nationale, à la discussion, et aussi à la fermeté nécessaire.

Je prends un tragique exemple dans l’histoire mouvementé des premières années de la Monarchie de Juillet.
Ce site évoquait récemment la grande insurrection des canuts lyonnais, en avril 1834 : L’insurrection des Canuts (1834)
Se souvient-on encore de l’insurrection parisienne lancée par solidarité à l’initiative des sociétés secrètes républicaines, les 13, 14 et 15 avril ? Elle s’acheva, au cœur du vieux Paris, par le massacre de la rue Transnonain (actuelle rue Beaubourg), où les soldats exaspérés massacrèrent les habitants d’une maison de laquelle était parti un coup de feu. Daumier stigmatisa aussitôt le crime par une de ses plus célèbres productions.

Voir la présentation détaillée : rue Transnonain

À chaud, l’événement est tout à fait passé sous silence par la presse du temps. Ainsi dans Le Constitutionnel [1] du 15 avril, qui clôt ainsi le récit de la fin de l’insurrection :
« A la pointe du jour, M. le général Bugeaud [2] a donné l’ordre à la compagnie de voltigeurs du 32e régiment de précéder, dans la rue Saint-Avoye, les 3e et 4e bataillons de la 9e légion, commandée par M. Boutarel, son colonel, et leurs chefs de bataillon Veyrat et Ricois.
Une assez vive fusillade s’est bientôt engagée à l’embranchement des rues Maubuée et des Gravilliers. Une large barricade, élevée au carrefour de cette dernière rue et de celle Transnonain, a été emportée au bout de quelques minutes. Un fiacre et un omnibus renversés en cet endroit ont été relevés, et le colonel Boutarel, mettant lui-même la main à l’œuvre, a bientôt fait procéder à la destruction de cette barricade, qui, un quart d’heure après, n’existait plus. Une barricade semblable élevée à l’extrémité de la rue Geoffroy-Langevin a été détruite de même, plusieurs maisons fouillées ont procuré l’arrestation de plusieurs individus armés, et l’un des derniers coups de fusil tirés dans cette position l’a été par un garde municipal sur plusieurs insurgés qui, débusqués d’étage en étage, avaient fini par chercher retraite jusque sur les toits. »

On peut lire dans l’éditorial du Constitutionnel le lendemain, 16 avril, après que le ministre de la Justice, Persil, ait annoncé au nom du gouvernement des projets de lois d’ordre public :
« Ce n’est pas à l’issue des crises violentes qui, dans les deux premières cités de France, ont menacé l’état social, qu’on peut avoir l’esprit assez libre pour juger sur une simple audition des projets de loi qui doivent avoir autant d’influence sur notre avenir. Nous en occuperons nos lecteurs après un examen approfondi et consciencieux. Ce n’est plus d’opposition systématique qu’il s’ait ; c’est d’une opposition fondée sur des actes et surtout sur l’intérêt bien entendu de l’ordre et de la liberté.
Du reste, au milieu des malheurs que nous déplorons, il est une pensée consolante : c’est que la fureur des partis s’éteindra par ses derniers excès. Tous les hommes de bonne foi, à quelque opinion qu’ils appartiennent, sentiront que ce n’est plus par la violence, l’injure et la diffamation, qu’ils peuvent assurer leur triomphe. Ces moyens sont usés ; il faut en revenir au raisonnement et à la libre discussion. C’est le seul terrain sur lequel on puisse aujourd’hui combattre. Que la vérité se fasse entendre, elle finira toujours par avoir raison. »

Notes

[1C’est le journal d’Adolphe Tiers, le premier en tirage et en audience en ces débuts de la Monarchie de Juillet

[2On connaît les terribles crimes de guerre commis en Algérie en 1845 sous les ordres de Bugeaud

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