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Le coup d’État d’Emmanuel Macron ?

vendredi 4 janvier 2019, par René Merle

ou du bon usage des Gilets jaunes

Après le coup d’état de velours de 2017, que préparèrent les puissances financières pour porter au pouvoir un parfait inconnu [1], nous voici devant une fuite en avant répressive qui montre bien l’inaptitude du pouvoir à gérer la crise. Après l’épisode contrition sauve qui peut de décembre, le « nouveau » Macron est arrivé, droit dans ses bottes, désireux de reconquérir ou conquérir d’urgence son électorat de droite, annonciateur d’une répression que les dernières séquences ne font qu’annoncer. Aujourd’hui, son porte parole Benjamin Griveaux vient de déclarer : « Le mouvement des « gilets jaunes », pour ceux qui restent encore mobilisés, est devenu le fait d’agitateurs qui veulent l’insurrection et, au fond, renverser le gouvernement » (AFP, 4 janvier). Bref, provocations éventuelles aidant, le monarque « républicain » va jouer la carte du salut public pour assurer la suite de son mandat. Les puissances financières qui l’ont porté au pouvoir le soutiendront-elles, ou, comme je l’ai déjà suggéré, cherchent elles déjà un joker ? Quoiqu’il en soit, la comparaison de notre Président avec l’autoritaire Premier Consul est plus que jamais justifiée.
Je redonne ici, à ce propos, le dernier article que j’avais publié sur mon ancien blog, début juin 2017 ; je n’en change pas une ligne :

« Dans un article récent de Marianne (27 mai 2017) Jacques Julliard parle de 18 brumaire à propos de la transformation du jeune candidat en monarque absolu.
La comparaison avec le jeune Bonaparte ne manque pas d’intérêt, même si la différence dans l’assomption est évidente : en 2017, point de grenadiers dispersant les représentants du peuple, point d’usurpation violente d’un pouvoir chancelant. Pour Bonaparte, l’aval populaire vint au lendemain du coup d’État, pour Emmanuel Macron, il le précéda électoralement. Mais, tous les commentateurs en ont convenu, dès le soir de son élection, le nouveau président assumait le potentiel d’absolutisme dont est grosse une fonction présidentielle que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi à incarner.
Sans doute donc la comparaison est-elle plus pertinente dans la marche au coup d’État que dans son brusque déroulement.
L’avènement des deux hommes n’a pas tenu seulement à leur commune détermination, car elle n’en laissait pas moins apparaître des fragilités : c’est Bonaparte reculant devant l’obstacle, et sauvé par l’énergie de son frère ; ou, dans un autre registre, c’est l’emportement de prédicateur exalté du candidat et sa joie puérile au soir du premier tour…
L’opération Bonaparte, comme l’opération Macron, ont été mises en place par des forces politiques, économiques et médiatiques qui ont trouvé en deux jeunes ambitieux l’assomption de leurs intérêts.
L’opération Bonaparte fut financée par des banquiers (et non des moindres) désireux d’assurer une profitable stabilité économique et politique ; elle fut organisée par une camarilla de politiques « modérés », issus de la gauche comme de la droite du temps, résolus à affermir le règne de la nouvelle bourgeoisie ; elle fut portée par une campagne d’opinion dénonçant la menace de l’anarchie et les dangers « extrémistes », royalistes et néo-jacobins.
La comparaison est tentante avec l’opération Macron, portée par des décideurs économiques, par des « élites » politiques d’horizons divers fusionnant dans un consensus néo-libéral, par une médiatisation superbement organisée et la dénonciation de la menace extrêmiste.
Le résultat en est qu’une candidature ne représentant initialement qu’un quart des suffrages exprimés a pu au second tour neutraliser la libre décision d’une grande majorité d’électeurs, et qu’aujourd’hui, une fois les élections passées, la figure « jupitérienne » de l’Élu nous dessaisira de notre pouvoir de délibération citoyenne, dans l’assomption inévitable de sa toute puissance.
Sauf… »

Notes

[1On lira avec profit sur ce site le propos de Juan Branco Le système Macron

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