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Quid de Karl Marx ?

samedi 5 janvier 2019, par René Merle

Le tournant crucial de 1843.

Qui de Marx (1818) dans ce bouillonnement idéologique français des premières années 1840, dont j’ai donné quelques exemples dans Idéologies du mouvement social sur le long XIXe siècle ?
Voici quelques indications qui n’apprendront rien aux Marxiens, Marxistes, Marxologues et autres post Marxistes, mais qui peuvent intéresser des lecteurs non initiés.

Devant la médiocrité et l’intolérance conservatrice de l’Université allemande, le jeune juriste (1818) avait abandonné ses projets universitaires pour devenir rédacteur à la libérale feuille rhénane Rheinische Zeitung. Il la quittera bientôt, écœuré par la pesante censure prussienne, et prendra quelques mois de repli créateur solitaire en 1843. En rupture avec ses amis "jeunes hégéliens", il entreprend alors de la critique de la philosophie du droit de Hegel.

Dès le début 1843, Marx avait pris la décision de s’expatrier, d’autant que le philosophe "jeune hégélien" Arnold Ruge (1808) lui proposait de s’installer à Paris et d’y publier une revue critique.
Marx est enthousiasmé : « Laissez les morts enterrer leurs morts, et les pleureur. En revanche, il est enviable d’être les premiers à entrer vivants dans la vie nouvelle. Que ce sort soit le nôtre. » [1].
Le départ est envisagé en septembre : « À Paris donc, cette vieille et grande école de la philosophie, absit omen ! et cette nouvelle capitale du monde nouveau. » [2].

Mais qui du communisme dans cette rupture décisive avec le conformisme allemand ?
Lors de son passage à la Rheinische Zeitung, Marx avait rencontré des échos du socialisme et du communisme français, ainsi que du communisme allemand de Wilhelm Weitling.
Le jeune juriste s’était alors déclaré incapable d’en traiter sérieusement, faute d’une vraie approche scientifique ; mais il se documentait.
Il écrit à Ruge en septembre 1843 : « Voilà pourquoi je ne tiens nullement à ce que nous arborions un drapeau dogmatique, bien au contraire. Notre tâche, c’est d’aider les dogmatiques à bien comprendre leurs propres thèses. Ainsi, par exemple, le communisme est une abstraction dogmatique, et ici je n’ai nullement en vue un quelconque communisme imaginaire ou possible, mais le communisme réellement existant, tel que l’enseignent Cabet, Dézamy ; Weitling et d’autres » [3].
Marx a donc commencé à fréquenté ces auteurs, mais il ne voit alors dans le communisme « qu’une réalisation particulière, partielle, du principe socialiste » tel qu’il est présenté par exemple par Fourier et Proudhon ajoute-t-il [4].
Marx quitte l’Allemagne pour Paris à la fin d’octobre 1843, emmenant avec lui en manuscrit le fruit de sa retraite studieuse de l’année : Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel. C’est dans ce texte, publié quelques mois après, que nous trouverons les prémices de l’engagement communiste du jeune philosophe. J’en traiterai dans un prochain article.

Notes

[1Lettre à Ruge, mai 1843, Karl Marx, Œuvres, III Philosophie, La Pléiade, Gallimard, 1982.

[2Lettre à Ruge, septembre 1843

[3on retrouvera ces auteurs dans la rubrique Idéologies du mouvement social sur le long XIXe siècle.

[4Le philosophe phalanstérien Charles Fourier était mort en 1837, alors que son œuvre commençait à avoir un début de notoriété. Le théoricien socialiste libertaire Pierre-Joseph Proudhon (1809) avait publié en 1840 son premier ouvrage majeur, Qu’est-ce que la propriété, ou Recherche sur le principe du droit et du gouvernement, qui le rendit fort connu… et fort controversé..

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