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Élections polynésiennes

lundi 17 décembre 2018, par René Merle

Loin du paradis...

J’avais écrit cet article en 2013, j’y reviens aujourd’hui. Il peut conserver son intérêt informatif, même si depuis astn Flotte a été condamné pour une affaire d’emplois fictifs et a perdu son poste…
« Élections Polynésie française... ? Voilà un événement qui n’a sans doute pas interpellé les quelques centaines de milliers, voire les millions de Français de l’Hexagone porteurs de tatouages polynésiens, et les quelques dizaines de milliers d’Hexagonaux porteurs de prénoms polynésiens à la mode. Quelques centaines de milliers ou quelques millions qui pour la plupart, au-delà de la carte postale, ne se soucient guère de l’histoire, de la culture, de la langue de ces populations "découvertes" par les navigateurs européens, disputées par l’Angleterre et la France, colonisées par la France, et aujourd’hui de plus en plus "normalisées" dans notre post-modernité.
Et pourtant... Ua maìti te nunaa i te hoê peretiteni âpi... Oui, sur fond de crise du tourisme, de chômage, d’assistanat et de clientélisme, la population de la Polynésie française a choisi un nouveau président.
Nouveau ? À vrai dire, pas exactement, puisqu’il s’agit de l’insubmersible Gaston Flosse [1931] (proche de l’UMP) qui fut Président de la Polynésie française de 1984 à 1987, puis de 1991 à 2004, et deux fois encore brièvement depuis...
Il avait ainsi accompagné la mutation occasionnée par la période des essais nucléaires, qui transforma une population d’agriculteurs et de pêcheurs en fournisseurs de main d’œuvre salariée, et en consommateurs des produits de la modernité. Période qui a engendré un métissage accru et une modification profonde des modes de vie, de l’alimentation, des comportements, des modèles sociaux, avec, en réaction, un "revival" culturel et linguistique autochtone impressionnant, mais fragile, particulièrement au plan linguistique...
Après la fin définitive des essais, en 1996, Gaston Flosse a aussi accompagné la nouvelle et difficile période de l’après-nucléaire qui laissait a priori sur le sable une population renvoyée à la solidarité sociale ou à l’assistanat
Le voici donc réélu. C’est dire que, dans leur majorité (relative : plus de 40%), les Polynésiens lui savent gré de la façon dont il a pu, tout en confortant l’autonomie élargie dont jouit le territoire, assurer le flux d’aide financière française, (ininterrompu quels qu’aient été les gouvernements), qui devait compenser la fin de la "rente nucléaire". Mais le développement du tourisme (en crise aujourd’hui), comme celui de la pêche hauturière (en crise également) n’ont pu résorber le chômage massif de la jeunesse (50% de la population a moins de 25 ans).
Au moment même où le Président Flosse était élu, l’ONU portait la Polynésie française sur la liste des territoires à décoloniser, malgré les protestations françaises dénonçant cette "ingérence flagrante".
On conçoit que cette décision, - si elle a réjoui les indépendantistes, et, bien au-delà de leurs rangs, dignifié la fierté polynésienne -, n’a pas vraiment enthousiasmé la majorité de la population, bien consciente que le fragile équilibre économique et social dépendait essentiellement de l’aide française et de l’assistanat. D’autre part, la comparaison du "modèle social" français avec celui des états polynésiens nouvellement indépendants (sous influence australienne, néo-zélandaise, américaine) ne joue pas vraiment en faveur de ces derniers...
Affaire à suivre donc, en souhaitant que l’avenir soit le meilleur possible pour ces 260.000 habitants dispersés sur cinq archipels dans l’immensité du Pacifique...

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