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Marius, film, 1931

samedi 18 janvier 2020, par René Merle

Recensions de l’Action française et de l’Humanité


Il a plusieurs fois déjà été question sur ce blog de la vision que le cinéma des années Trente a pu donner, depuis Paris, d’une méridionalité (plus ou moins ethnotypale, mais positive) focalisée sur Marseille et les Marseillais.
Rappelons Renoir, et La Marseillaise, Carlo Rim-Tourneur et Justin de Marseille, voir sur ce site..
Mais sans doute pour mieux comprendre le phénomène, faut-il remonter à la source principale, c’est-à-dire au Marius de Marcel Pagnol, qui passa du théâtre à l’écran en 1931.

La pièce de Pagnol, Marius, a triomphé au Théâtre de Paris à partir du 9 mai 1929. Avec son passage au cinéma en 1931, elle va gagner un vaste public populaire qui dépasse de loin celui des habitués du théâtre de la capitale. L’accueil de la critique des journaux "populaires" est bon, mais sans grande profondeur. On vante le naturel, les bons sentiments, et le joyeux dépaysement de "l’assent". Mais quid de la grande presse d’opinion ?

Le quotidien monarchiste L’Action française, 16 octobre 1931, fait une fois de plus la critique du théâtre filmé :

« Marius
Il faudra décidément créer une rubrique spéciale pour les productions de ce genre, qui jouissent d’une vogue dont on ne peut fixer le terme, et qui sont assez mal à leur place dans une page du cinéma. Le cas est simple pour chacune de ces adaptations : la pellicule vaut ce que vaut la pièce, à condition d’en serrer le texte d’aussi près que possible. Nous n’avons pas aimé Jean de la Lune, malgré René Lefebvre et Michel Simon, parce que le sentimentalisme entortillé de M. Achard nous touche peu. Il aurait fallu par contre une véritable malchance pour faire une ouvrage ennuyeux en réunissant d’aussi délicieux artistes que M. Pagnol, M. Raimu et M. Pierre Fresnay. Nous avouons avoir pris à ce spectacle un plaisir de tout autre ordre qu’à City Streets, mais réel [1].
La comédie photographiée presque de bout en bout, sa progression est obligatoirement respectée. Il n’y a ni trous ni raccords mal ajusté. Les avantages de la représentation théâtrale et ceux de la représentation par écran se balancent. Nous sommes privés de l’indéniable communication avec les acteurs de chair et d’os, mais puisque la caméra fixera leur jeu, ils retrouvent une chaleur qu’on le leur eût certainement pas insufflée à une 200e représentation sur scène. Tous les protagonistes sont d’ailleurs excellents. La palme nous semble revenir à M. Raimu, proprement admirable. Mais que M. Fresnay, avec ses magnifiques yeux, sombres et mobiles, est donc intelligent dans ce rôle dangereux de Marius ! Mlle Orane Demazys est la seule qui ait moins bien réalisé la très légère transposition que réclame le débit devant les microphones. Quelques gros plans, enfin, accusent mieux qu’à la rampe le pittoresque de certains détails.
Le programme omet le nom du cinéaste, M. Alexandre Korda, et c’est justice. Il n’avait qu’à s’effacer, et a su le faire avec assez d’élégance. Les deux ou trois « marines » qui prétendent à préciser l’atmosphère sont les seuls cadres inutiles. La paternité de ce bon spectacle revient tout entière à M. Pagnol et à ses incomparables traducteurs. Finissons sur une remarque importante : on n’a pas apporté à la sonorisation tout le soin nécessaire dans de semblables entreprises. Il faudrait pouvoir suivre le texte sans le moindre effort.
François VINNEUIL »
Vinneuil : pseudonyme du journaliste, homme de lettres et efficace critique cinématographique Lucien Rebatet, 1903-1972, dont on connaît le parcours collaborationniste ultérieur]


De son côté, le quotidien socialiste Le Populaire, 9 septembre 1931, s’en tient à cette condamnation lapidaire, sous une photo : "Raimu et Charpin dans Marius, film qui a été tiré de la pièce de M. Pagnol. Il faut croire que les éditeurs de films manquent d’imagination pour faire ainsi des resucées des pièces à succès".

Le quotidien communiste l’Humanité traite du film à travers son courrier des lecteurs.
6 novembre 31
« Les deux lettres que nous publions se complètent heureusement l’une l’autre :
Marius est justement le type du film qui plaît et que vous ne sauriez condamner sans excès… Voici de bons artistes qui ne semblent pas jouer, mais vivre ; qui grâce à Pagnol ne profèrent pas des inepties chaque fois qu’ils ouvrent la bouche ; qui parfois même sont émouvants. Je songe à la « petite » et à la scène où Marius et son père s’avouent leur affection cachée. C’eût pourtant pu être ridicule ! et ce fut touchant ! Je le dis sans honte. Et puis il y a ces « Iles-Sous-le-Vent et ce bois qui sent le camphre »… Je sais que ceci est du théâtre et non du cinéma. Mais hélas où commence ce dernier, où finit l’autre. J’avoue préférer La Mère, que j’ai vue à Bruxelles ; Ombres blanches, ou certains films de Pabst, de Murnau. J’ai encore dans les yeux la fin de l’Aurore. Ou encore le cycle des Niebelungen, mais… les salles des faubourgs passent des films ou ce qu’il est convenu d’appeler tels. Nos camarades y vont quoi que vous leur disiez. Ils jugent « bon » après une semaine de labeur un film que vous dites exécrable et… quand ils veulent se renseigner sur un film, ils achètent Pour Vous, quand ce n’est pas le Petit Parisien du vendredi. C’est terrible, mais c’est.
Ne m’en voulez pas de ces quelques petites critiques qui ne portent pas sur le fond. C’est un ouvrier qui vous écrit, etc.
Voici la seconde lettre reçue :
La presse cinématographique a accueilli ce film par des déclarations enthousiastes et elle a exprimé sa satisfaction qu’une production de caractère aussi nettement français ait été tournée avec des capitaux américains. Car « c’est un film Paramount ». Les louanges au cinéma français qui commence à reprendre dans le monde l’importance qu’il avait autrefois conquise n’ont bien entendu pas manqué ! Pour nous, il est indifférent que ce film soit nommé français ou américain. De propos délibéré, nous écarterons aussi le point de vue professionnel. Nous voulons simplement prouver qu’un ouvrier conscient de l’oppression du capital et des lois morales qu’il a engendrées ne doit sympathiser avec aucun des protagonistes de cette action.
Le personnage central est Marius (Pierre Fresnay), fils de César (Raimu), autre personnage important. En lui vit l’Aventure, c’est-à-dire la mer et les grands voyages, les bateaux à voiles et le parfum iodé de la marée qui rappelle les marchés populeux de l’Orient et les femmes à la peau colorée, enfin cette Aventure sur le capital a permis qu’on chante parce qu’elle n’est pas dangereuse et que même elle aide plus ou moins directement à son expansion.
Marius, d’autre part, aime Fanny et ainsi il devient le théâtre de ce débat ridicule qui fait hésiter entre la vie commune, dans les cadres quotidiens, avec une femme que l’on aime passionnément, et les ravissements de l’Aventure. On ne subit pas seulement la passion de l’amour, mais aussi celle de son père affectionné, en qui s’incarne la sagesse éternelle de la petite bourgeoisie. César connaît les femmes, il sait qu’elles sont fières et ombrageuses, qu’il faut beaucoup les désirer pour les obtenir, et veut persuader son fils de montrer à Fanny tout le prix qu’elle a pour lui de manière qu’enfin ils scellent par le mariage les liens qui déjà les unissent. Je ne veux pas oublier de dire que Fanny, avec une noblesse d’âme sans pareille, s’efface devant la mer, l’autre maîtresse de Marius dès qu’elle sent que tous ses efforts pour l’en détacher n’ont pas abouti.
Voilà deux critiques qui s’opposent. Nous comptons en recevoir d’autres, directes, prochainement. Mais il faut aussi que nous ayons le commentaire de ces premières observations. Je n’ai pas la parole puisque je n’ai pas encore vu Marius. – L. M [2]. »

20 novembre 1931
" De M. C…., à Marseille
… Marius, dont on veut faire un « héros » qui brise tous les liens pour « suivre sa voie » n’est pas de taille à se mesurer à un tel sujet. Sa vocation (une « envie » d’ailleurs !) manque plutôt de grandeur, mais elle est un bon prétexte pour développer ce thème fameux : qu’aimer, c’est faire souffrir.
A quoi rime vraiment cette perpétuelle exaltation des sacrifices et des déchirements d’amour dont les écrivains ne cessent de remplir leurs ouvrages ? Ne serait-il pas plus profitable d’apprendre aux hommes le langage d’un amour sans malentendu, de glorifier une amitié qui apporte et qui soit un bonheur de se communiquer entièrement.
Le pittoresque du port de Marseille, qui aurait pu servir d’ornement au film, on ne l’a pas vu. Le côté comique est exagéré jusqu’au grotesque et les images, qui ressemblent à de mauvaises cartes postales illustrées, sont sans clarté. Le cinéaste n’a su se servir ni de la lumière, ni des acteurs, quoique le talent du principal interprète, le comédien Raimu, soulève quelque émotion ; Fanny oublie trop souvent l’ « assent » et les autres artistes sont souvent rigolos dans l’application qu’ils paraissent mettre à ne pas l’oublier dans leur gosier.
Toutes les lâchetés, toutes les mesquineries familiales, morales, bourgeoises, viennent se greffer sur cela :
L’honneur de la famille qui exige dans l’amour la sanction du curé ;
L’absolution d’un péché qui n’en est plus un puisque l’opinion publique ne l’ébruitera pas ;
La prévoyante sagesse de cette mère qui préfèrerait vraiment que sa fille aimât autant qu’elle les beaux billets d’un épouseur entre deux âges.
Sans oublier la sacro-sainte autorité paternelle dont Marius craint à tel point la loi qu’il préfère partir dans un mot.
Ne perdons pas de vue non plus qu’ici, à l’encontre cependant de « David Golder », représentant du capitalisme, c’est la marine française qui, par l’organe d’un de ses capitaines, « emmerde le bon populo ».
On dira que ces Marseillais sont de braves gens, qu’ils sont vivants et gais, émouvants aussi ; que de les entendre se blaguer, se provoquer, s’invectiver, se réconcilier aussitôt et plus loin se révéler leurs bravacheries, leurs couardises est un moyens sûr de faire rire et d’attendrir.
Peut-être…
Car toutes ces galéjades et ces bons mots, sous lesquels se dissimulent la vertu et le fond propre (qu’ils disent !) des héros, ne peuvent faire oublier qu’ils cachent des préjugés étouffants, des servitudes odieuses, déconcertantes et mensongères : l’obéissance, la foi, l’honneur.
Que sert donc ce film, dit « populaire » par certains : tout simplement la morale et les lois bourgeoises qui empêchent l’expansion de la vie et de l’amour vrais et qui surtout gardent d’attenter à l’ordre.
Rassurez-vous, on n’en censurera pas un mètre !

 D’un camarade étranger Barca Z…
Marius ? puisqu’on demande l’avis des habitués du cinéma, voici le mien : Même si l’entrée de la salle était gratuite, je n’irais pas voir Marius. Il me suffit d’avoir entendu le bavardage du critique de cinéma de la Tour Eiffel.
Et de quoi s’agit-il dans Marius ? Il s’agit d’un jeune garçon, « qui se lève tard », et qui aime Fanny, laquelle – comme de juste – n’est pas fille de bourgeois comme Marius. Fanny aime tant son Marius qu’elle se donne. Marius s’aperçoit alors que son amour pour la mer est plus fort que son amour pour Fanny.
Ainsi donc, Marius est, outre un fainéant, un goujat. Ce joli côté du personnage n’a été relevé ni par l’ouvrier enthousiaste de l’Huma, ni par le critique de la Tour. On nous fait entrevoir que Marius va devenir un conquérant des colonies. Pourquoi ce soin à nous parler de l’avenir de Marius et pas du tout de celui de Fanny ? Celle-ci peut devenir mère. Que deviendra-t-elle ? et son gosse ? Elle n’aura qu’à se noyer, ou à faire le trottoir ou crever de syphilis à l’hôpital. Par contre Marius ira vers l’aventure.
Depuis vingt ans que je fonce vers l’aventure, je n’ai trouvé autre chose que misère, lutte pour les salaires et des abimes de goujaterie. Que trouverait-il un véritable ouvrier qui viendrait dans nos pays d’Orient en fait de « femmes à la peau veloutée » qui n’ont d’autre chose que leur sexe et dont l’intelligence est restée en friche depuis des siècles ? Il n’y trouverait que ce qui existe dans les miséreux pays européens : l’accueil infect de vos milliers de maisons closes, l’haleine putride de vos élites au rabais et vos femmes tant prônées, errant par cités et villages comme des bêtes traquées.
En fait de cinéma, je ne vois que celui de Charlot. Dans ses films, chaque personnage commence et finit son rôle. En voilà un qui sait ce qu’est l’aventure. En lui nous vivons nos peines et nos joies. En dehors de celui-là, il y a peut-être la noce et le brigandage, mais il n’y a pas l’aventure. Et combien y a-t-il de films qu’après avoir vus on se demande ce qu’on a été foutre au cinéma ?

 D’un camarade parisien Albert S… :
Marius n’est pas du cinéma. C’est du théâtre filmé, mais j’avoue que j’ai eu plus de satisfaction à voir le film que la pièce d’où il est tiré.
C’est une expérience heureuse et peut-être unique. Continuer serait dangereux.
Marius est un opium. Le mirage de la mer et la « magie » du texte de Pagnol vous enchantent et vous désespèrent.
Que nos camarades en fassent l’expérience.
Nous sommes pris au piège. Nous faisons corps et âme avec Marius. Les Iles-sous-le-vent nous semblent un paradis… L’aventure est en nous…
Maintenant, demandez-moi pourquoi je pense à la tragique odyssée de ces pêcheurs racolés par un moderne négrier dans une bourgade de Bretagne ; à ces pêcheurs partis riches d’illusions, loi, très loin dans les mers du Sud pour travailler au profit des actionnaires d’une Société langoustière, vous en souvenez-vous, camarades lecteurs de l’Humanité ? Et qui ne sont pas revenus ? Demandez-moi pourquoi je songe à tous ces petits gars embarqués sur les navires de guerre de la IIIe République ? Abusés par les placards de publicité du ministère de la marine, ils crèvent maintenant dans les geôles de Calvi et de Clairvaux après avoir, eux aussi, rêvé d’aventure !
Je songe à eux parce que je suis communiste et qu’il nous appartient à nous communistes d’ouvrir les yeux qui ne savent ou ne peuvent pas voir.
Camarades, il n’y a plus de voiliers de nos rêves. Les armateurs préfèrent pour leurs dividendes (au siècle de la vitesse et de la T.S.F.) sillonner les mers de leurs vapeurs aux grandes cheminées fumantes. Finis, camarades, ces voyages romantiques. C’est, non plus sur les hauts mâts, mais dans les soutes, maintenant qu’il faut travailler, prolétaire. Aux escales, tu verras dans les pays de « l’Orient merveilleux » tes frères indigènes, plus durement encore exploités que toi-même : Famine et misère…
Ceci dit, nous pouvons quand même aller voir ce film dans les salles populaires, car sa fraîcheur nous change des David Colder [3] et des coucheries.
Mais la conclusion, c’est qu’il nous fait plus que jamais manifester pour imposer sur les écrans les films soviétiques…"

27 novembre 1931 :
" Du camarade Guy D…., à Paris :
Marius est une œuvre mercantile illustrant la concurrence existant entre le cinéma et le théâtre. Il fallait un film susceptible de créer une liaison entre le public du cinéma et celui du théâtre, si différents l’un de l’autre en apparence. Ce film ne pouvait être qu’une œuvre moderne possédant une certaine analogie avec une pièce de théâtre moderne en renom. Ce fut Marius, œuvre appréciée « massivement », que l’on choisit.
Marius-cinéma n’est point un film « original » monté, réalisé suivant les données « originales » d’un scénario tirant sa seule valeur de ses caractères, mais seulement une pauvre copie sonore intégrale du texte de Marius-théâtre. La plus basse utilité du sonore (tant de fois condamnée dans cette rubrique) se trouve entière dans cette œuvre bâtarde. L’esprit dominant de l’œuvre de Pagnol est celui qui fait de Marius l’amant spirituel de la mer.
Encore qu’on ne puisse accorder à Marius qu’une valeur relative à l’écran, il faut l’avoir vu à la scène pour que cette valeur se réduise à zéro.
Il est vraiment regrettable qu’un de nos camarades limite son appréciation d’un film aux seuls traits émouvants qu’il en a retenus. « L’affection cachée », le « Petite », les « Iles-sous-le-Vent », le « Bois qui sent le camphre », tout cela c’est l’œuvre de Pagnol, ce n’est que l’œuvre de Pagnol. Mais il n’a pas créé un film : il a écrit des scènes, des tirades, des répliques…

 D’une camarade institutrice M. C.-F., à Gennevilliers :
J’ai été voir Marius. Et je n’ai pu retenir ce cri en quittant la salle : Mais c’est du plus pur impérialisme ! Impérialisme simplement enjolivé de mots, devenus d’ailleurs fastidieux à force d’être montés en épingle ! Je dirai même : film propagandiste, car l’invite réitérée du matelot, invite qui rend irrésistible l’extase de Marius, fait immédiatement surgir dans notre esprit les grandes affiches peinturlurées des gares, bureaux et offices de placement : « Engagez-vous dans la marine ». Marius ne serait-il involontairement, je veux l’espérer pour la dignité de Pagnol), qu’un de ces vulgaires instruments de battage colonialiste ?
A ce point de vue, je le juge aussi dangereux que la pièce la plus chauvine et, à mon avis, ce n’est qu’avec un esprit prévenu qu’on peut aller, sans crainte, subir le prestige de l’écran."

4 décembre 1931 :
" Du camarade H. Bouvier, Paris :
Marius à la scène, une pièce assez agréablement digestive. L’intrigue, une sauce pour lier la bouillabaisse des blagues marseillaises. Le public n’en retient que les bons mots ;
Marius au ciné, un navet qui illustre bien ce qui a été dit du parlant : du mauvais théâtre. Moins vivant qu’à la scène… Les extérieurs d’une pauvreté qui rappelle le premier âge du cinéma. La mer, le port, le phare, ça fait penser à ces enfants qui, sur leurs dessins maladroits, écrivent : ça, c’est un bateau, ça une maison, ça un arbre. Pour faire croire qu’on est à Marseille ? On n’y réussit pas. Interprétation fausse puisqu’il y manque l’accent ; d’autant plus fausse qu’on s’y essaye vainement à l’imiter. Figuration lamentable, manège de chevaux de bois.
Tout ce qui est en dehors de la pièce de Pagnol sent l’ajouté et l’étirage.
Le succès de Marius-film vient du succès de Marius-théâtre.
L’inverse serait impossible.
En résumé, un ratage. »


Un film oublié (heureusement ?) du regretté Jean Epstein

À propos de ce Marseille que, comme Rim et Pagnol, ses laudateurs ont quitté, nous ne trouvons dans les grands journaux d’opinion parisiens aucune prise de distance, et pas non plus de complaisance avec la conscience de différence ethnique. Elle existe, oui, mais Marseille est une pièce de la France. La critique de Marius porte sur tout autre chose, et, avant tout, sur la qualité cinématographique.
Bref, on est dans le contraste absolu avec le racisme antiméridional qui court de l’affaire du XVe corps aux histoires marseillaises de Marius et Olive. Donc pas de quoi nourrir la victimisation provençaliste et occitaniste.

Notes

[1City Streets, film noir américain de Rouben Mamoulian, avec Gary Cooper et Sylvia Sidney, inspiré d’un roman de Dashiell Hammett. Le critique était un "fan" de Mamoulian

[2Léon Moussinac, le critique cinématographique attitré du quotidien

[3En fait David Golder : l’adaptation cinématographique par Duvivier, - son premier film parlant, en 1931 -, du roman de Nemirovsky : la lamentable vie d’un financier juif...

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