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Lamennais parle de la philosophie et de la religion

lundi 20 janvier 2020, par René Merle

Lamennais - Que le Christianisme rapproche l’homme de Dieu et que la philosophie l’en sépare

Œuvres de M. l’abbé F. de Lamennais, volume 2, Demengeot et Goodman, 1830.
« Que le Christianisme rapproche l’homme de Dieu et que la philosophie l’en sépare.
Il semble que la philosophie ait épuisé l’erreur, comme le Christianisme a épuisé la vérité ; et il n’est pas difficile d’en découvrir la raison. Dieu est vérité, et toute vérité découle de Dieu, est immuable comme Dieu. De là vient, qu’indépendante de nos conceptions, la vérité est la même pour toutes les intelligences. Nous pouvons l’ignorer, l’obscurcir, comme nous pouvons étendre une voile entre nos yeux et le soleil ; mais nous ne saurions l’altérer en soi, encore moins la détruire. Elle est hors de nos atteintes, et il n’est pas plus en notre pouvoir de faire que ce qui est essentiellement vrai cesse d’être vrai, que d’anéantir ce qui existe essentiellement. Dieu même n’a pas ce pouvoir ; toutes les vérités nécessaires forment, pour ainsi parler, une portion intégrante de son être : en les anéantissant il s’anéantirait lui-même.
Ainsi, connaître la vérité, c’est connaître Dieu ; et toute vérité connue est une révélation ou une manifestation partielle de l’être divin. Par quelque voie que s’opère cette révélation, l’existence en est certaine, pour quiconque raisonne et croit en Dieu ; autrement les idées seraient arbitraires : il y aurait autant de vérités différentes que d’intelligences diverses. Donc, plus on connaît Dieu, plus on connaît de vérités, et réciproquement. Tout ce qui nous rapproche de Dieu, nous rapproche de la vérité, comme tout ce qui nous éloigne de Dieu, nous éloigne d’elle, et nous enfonce dans l’erreur, qui n’est que la privation de la vérité, et n’a rien de réel que ses funestes effets : semblable au vide, qui tue les animaux qu’on y plonge, non par son action propre, mais en les privant d’une substance nécessaire à la vie.
Or, par ses dogmes, par ses préceptes, par ses pratiques, le Christianisme nous rappelle sans cesse à Dieu, nous met en relation perpétuelle avec Dieu, transporte en lui toutes nos facultés, et, dans sa sublime doctrine, contient, si on peut le dire, la divinité toute entière en puissance. La vérité est donc là, puisque la vérité n’est que Dieu même ; et tout vérité y est, puisque Dieu y est tout entier.
Qu’on n’abuse pas de ce que je dis, pour me faire penser ce que je ne dis pas. Je suis loin de soutenir que le chrétien connaisse toute vérité, car je suis loin d’imaginer qu’il connaisse Dieu parfaitement. Dieu seul se connaît de la sorte ; mais s’il n’est pas parfaitement connu, il est cru parfaitement ; si l’intelligence est bornée comme l’homme qui la reçoit, la foi est infinie comme Dieu qui la donne ; et de cette foi infinie, ainsi que d’une source intarissable, l’intelligence, selon la mesure de ses désirs et de ses forces, tire incessamment, par la contemplation, des vérités nouvelles, qui apaisent sa soif ardente de connaître, en attendant qu’elle puisse se désaltérer pleinement dans le sein même de l’Être immense, qui ne se manifeste ici bas à elle qu’obscurément et par degré.
La philosophie, au contraire, tend à écarter Dieu de la pensée, et même à l’en exclure entièrement. On dirait que sa présence la gêne et l’irrite ; tandis que le Christianisme nous montre Dieu partout, partout elle ne nous montre que l’homme, même dans la morale, même dans la religion. Sa pente naturelle est donc vers l’erreur ; aussi arrive-t-elle bientôt au terme extrême de cette route à l’erreur absolue, ou la négation de Dieu. »

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