La Seyne sur Mer

Accueil > Identités, régionalismes, nationalisme > Carlo Rim, Marseille...

Carlo Rim, Marseille...

mardi 24 décembre 2019, par René Merle

Le père de "Justin de Marseille" parle du peintre Marseille


Carlo Rim fut un de ces Marseillais de Paris qui ont d’autant plus Marseille au cœur qu’ils ont décidé de n’y pas vivre, comme tant de créateurs et d’écrivains (ou d’écrivaillons) qui depuis deux siècles et plus crurent trouver la réussite et la consécration dans la capitale plus que dans la prosaïque cité phocéenne. Quitte à revenir vers Marseille quand son exotisme intérieur pouvait leur assurer un succès que la capitale tardait à leur proposer [1]... Les exemples sont légion. Et les dernières décennies en ont offert bien des exemples littéraires et polareux.
De cela, et depuis Paris, Rim s’en explique sans fausse vergogne, en filigrane de ce billet de l’Ère nouvelle consacré au peintre marseillais... Pierre Marseille (non, ce n’est pas un gag !) et à son exposition parisienne de 1928, à la galerie Carmine.
« Ce peintre s’appelle Marseille ; et c’est tout un programme. Je veux dire c’est tout un catalogue plutôt, le catalogue d’une exposition vibrante et gaie comme la lumière méditerranéenne, ce lit féerique où la mer et le ciel, amants éternels, font l’amour dans une étreinte bleue.
J’ai donc connu Marseille en 1922. En ce temps-là, le petit groupe de Fortunio, une revue charmante qui devait plus tard devenir les Cahiers du Sud mêlait au tumulte grouillant du port les accords harmonieux de la lyre. Mais l’on ne réconcilie point Mercure et Apollon dans la ville de Pythéas. Nous comprimes vite que mieux valait partir et laisser se bouder les dieux ennemis.
Ainsi débarquèrent à Paris, par un beau matin de pluie, Marcel Pagnol, qui avait déjà l’intention de succéder à Becque ; Pierre Hambourg et ses cargos, d’Aubenède à l’œil pointu, le délicat Bourdet et votre serviteur qui hésitait entre l’art et les lettres, comme l’âne de Buridan (il n’a pas encore fixé son choix).
 Marseille resta dans le département des Bouches du Rhône, en compagnie de quelques autres artistes de bonne volonté. Je n’en suis pas encore revenu, lui non plus. Mais tant d’abnégation et de courage méritaient leur récompense.
Tandis que tous, marchands de savon, de bretelles, d’illusions, d’huile d’olive et de farine comptaient sur leurs doigts, Marseille étudiait le vol des oiseaux, la course nonchalante des nuages et la couleur si particulière, à la fois agressive et douce du ciel provençal.
 Ce jeune artiste est sans conteste parmi ceux qui savent peindre le mieux le visage innombrable de ce merveilleux pays où toutes les couleurs se confondent sous le soleil en une harmonie infiniment subtile. 
On parlera je sais de quelques influences qu’il a subies. Marseille, cela se voit, aime Pascin, Marquet et Hermine David. Mais il aime bien davantage son pays, dont il a pris le nom et capté la lumière dans les quelques toiles aérées et toutes bruissantes de cigales qui sont actuellement exposées chez Carmine. »

Notes

[1Rim a initié le film à succès de Tourneur, Justin de Marseille : cf. : Justin de Marseille, fim.

Répondre à cet article

| | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0