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De la lutte des classes et des perspectives de changement ?

lundi 6 janvier 2020, par René Merle

Quel aboutissement politique au mouvement social ?

La lutte des classes ? Vieille lune marxiste, nous assène-t-on à longueur d’émissions et de débats… La lutte des classes serait d’autant moins une réalité que les classes n’existent plus…
Voire.
J’en ai traité dans un précédent article, et j’y reviens, pour enfoncer le clou.
Si la conscience de classe n’habite pas (ou n’habite plus), la majorité des salariés anesthésiés par le poids de l’idéologie dominante, cette conscience existe bel et bien du côté des détenteurs du capital.
On connaît le propos de Warren Buffett, milliardaire philanthrope et gourou d’Obama, qui déclarait le 25 mai 2005 sur le site CNN : la lutte des classes existe, nous l’avons gagnée [1]". Point de vue encore précisé dans le New York Times (26 novembre 2006) : « Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène la guerre. Et nous sommes en train de gagner » [2]
Il existe bel et bien du côté des détenteurs du capital une formidable organisation de la lutte, qui, pour l’heure, assure leur domination sociale, idéologique, politique…
Or, ce qui frappe du côté de ceux qui refusent la domination du capital et se réclament du slogan attendrissant, mais combien inefficace face aux requins, de « l’Humain d’abord », c’est le manque d’organisation, (quand ce n’est pas l’abandon de l’organisation) pour une résistance transcendant la lutte étroitement électorale et lui donnant une vraie perspective politique.
En a témoigné la généreuse initiative de « Nuit debout » dont on se demande comment elle aurait pu se perpétuer sans lassitude et… sans organisation.
Mais attention, « organisation » dit entrée dans le jeu politique traditionnel.
L’exemple de l’ébullition basique « Podemos » en témoigne, qui a débouché sur l’organisation d’un véritable parti, entré dans le jeu électoral, placé devant la question du pouvoir, et par conséquent divisé entre « réalistes » (soutien à la social démocratie honnie) et enfermement solitaire... Le soutien à la social démocratie vient d’ailleurs de l’emporter après tant de vitupérations, ce qui assure la survie provisoire du gouvernement espagnol actuel...
Si en France le mouvement social actuel fait trembler le pouvoir, il ne semble pas que notre Président se sente vraiment menacé au plan politique tant il pense que le face à face avec Mme Le Pen lui assurera la victoire. J’y reviendrai.
Mais en face, qui de la gauche et de la gauche de la gauche ?
Le peu d’organisation qui y subsiste est d’ores et déjà axé sur la perspective électorale, horizon 2022, avec pour les uns la perspective d’une magique candidature de rassemblement, pour les autres le ralliement à l’ultime avatar de J.L.-Mélenchon, candidat autoproclamé à la hussarde. Ne doutons pas que les uns et les autres nous vanteront la perspective programmatique d’un changement politique au plan national et au plan européen, qui ouvrirait la voie à des réformes salutaires. Et l’on nous rappelle à l’appui de cette perspective réaliste les acquis du Front Populaire de 1936 et ceux du lendemain de la Libération… Confiance un peu hasardeuse dans la vertu du changement électoral déconnecté du mouvement social.
Car c’est oublier un peu vite que les acquis de 1936 et de 1944-1946, s’ils ont été mis en place par une majorité électorale, n’ont été possible que par la lame de fond qui les avait portés : la grève générale unitaire de 1936, la Résistance et son programme… C’est quand la lame de fond est retombée que, par deux fois, ces acquis ont été battus en brèche.
Les réformes proposées par les partis et mouvements de la gauche de la gauche ressemblent furieusement à celles qu’envisageait il y a quarante ans de cela le fameux « Programme commun » de la Gauche. Porté par une entente et une victoire électorales, mais aucunement par une vague sociale de fond, ce programme a vite été abandonné par les politiques auxquels les électeurs avaient confié le pouvoir… Rien ne les poussait vraiment aux fesses pour réaliser le programme et les électeurs sont restés passifs devant le reniement.
Espérons que nos lendemains chanteront autrement !

Notes

[1« It’s class warfare, my class is winning »

[2There’s class warfare, all right,” Mr. Buffett said, “but it’s my class, the rich class, that’s making war, and we’re winning.” Cf. : Buffett.

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