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Gélu xénophobe. Marseille et ses "étrangers"

jeudi 27 février 2020, par René Merle

Cf. : Victor Gelu, "Marseille, tu n’es plus ma mère !". Le bouleversement de Marseille. Contre l’urbanisme sauvage et la spéculation

Je lis dans le manuscrit des Mémoires manuscrites [1] du chansonnier marseillais Victor Gelu [2], sur une page datée de 1857, raturée et annotée, cette profession de foi xénophobe accompagnant la légitime dénonciation des terribles ravages de l’industrialisation et de l’urbanisation sauvages. Racisme, face noire du « chantre du peuple marseillais » que ne désavoueraient pas aujourd’hui bien de ses concitoyens, proclamés « vrais Marseillais »…

« Les dimanches et les fêtes, je ne descendais pas en ville. Ordinairement je passais toutes ces journées à écrire dans ma chambre. Quelquefois j’allais seul parcourir toute la ligne du chemin de fer en construction, depuis le jardin des plantes jusqu’à La Pomme en traversant la vallée admirable de Saint-Jean du désert et je considérais avec un affreux serrement de cœur toutes ces belles et riches propriétés qui depuis tant d’années avaient été l’honneur et le charme de notre paradisiaque banlieue marseillaise, aujourd’hui dévastées de fond en comble, pourfendues, salies, mutilées, devenues le refuge sordide d’une foule d’ignobles rôdeurs de nuit, n’offrant plus à l’œil attristé que ravins, que douves, que fondrières marécageuses, que remblais puants de détritus de soude factice – sans doute j’ai déjà trop ressassé mes regrets à ce sujet ; et cependant je veux les répéter encore. Rien ne soulage comme de maudire à satiété ce qui nous fait mal : en voyant la plupart de ces grands domaines de plaisance morcelés en fragments microscopiques, en jardinets mouchoirs de poche, en fouillis de cabanons cellulaires, je me ressouvenais de ces hideuses masures qui ont déshonoré pendant tout le moyen âge les arènes d’Arles et de Nîmes. Je m’indignais de ces profanations sacrilèges, je proférais d’horribles imprécations contre la barbarie soi-disant utilitaire de notre siècle qui en était arrivée à gâter ainsi mon pays natal, encore si pittoresque.
Une autre chose qui me désolait souverainement aussi dans ces promenades foraines, c’était de ne rencontrer que des Bachins [3], des Piémontais, des Gavots [4], des Auvergnats [5] ou d’autres Franciots [6] de mauvais aloi sur mon passage.
Il n’y a peut-être plus cinquante mille Marseillais sur les trois cent mille âmes qui habitent Marseille à présent [7]. »

Notes

[1Archivesmunicipale, .Marseille

[2Sur Gelu et ses puissantes et émouvantes chansons provençales de protestation, on pourra consulter les nombreux articles donnés dans mon blog linguistique Archivoc.

[3Génois

[4Provençaux alpins

[5Majoritairement Cévenols

[6Français d’outre Loire

[7On remarquera que Gelu met dans le même refus l’émigration étrangère et l’émigration intérieure : tout ce qui n’est pas marseillais "de souche" est à rejeter

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