La Seyne sur Mer

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À propos des textes de Jaurès et Anatole France sur la guerre, et de leur optimisme tempéré...

mercredi 11 mars 2020, par René Merle

Après lecture de l’éditorial d’Anatole France sur la guerre, publié dans l’Humanité en 1904 [1], Pierre Assante avait résumé l’enjeu en peu de mots, mais combien lourds de sens : " Générosité inopérante, ou préparation d’un avenir possible ? " ;
On pourrait répondre : "Les deux, mon général"... Et c’est bien de nos jours l’attitude commune devant les positions jaurésiennes, unanimement et tranquillement encensées "à gauche". Se saisissant de la prudence de Jaurès et de France (la paix universelle est en marche, mais bien sûr elle n’est pas pour demain, il y aura d’autres conflits, inévitables, avant que nos descendants puissent la savourer), on nous dit :
" Certes, quelques années après les propos de France et de Jaurès éclatait la plus terrible des conflagrations guerrières ; certes encore, cette "der des der" ne fut pas la dernière : l’entre-deux-guerres fut particulièrement meurtrier, avant qu’un second cataclysme guerrier ne secoue le monde ; certes encore d’impitoyables guerres dites locales se sont succédées depuis la fin du conflit de 1939-1945, mais l’équilibre de la terreur nucléaire a empêché l’ultime catastrophe qui aurait sonné la fin de l’humanité ; ne désespérons donc pas, tout prouve que le bon sens, la morale institutionnalisée par l’O.N.U et autres T.P.I., les intrications inextricables de la mondialisation économique et culturelle nous acheminent vers la paix : l’union des anciens belligérants européens dans ce qui devient une super nation pacifique en témoigne déjà..."
Jaurès et France appuyaient leur optimisme tempéré sur la réalité même d’un monde capitalisme où la rivalité économique et coloniale des impérialismes, lourde de conflits, pouvait être transcendée en coopération pacifique, tant par les solidarités de plus en plus inévitables entre les économies rivales, par le refus d’utiliser des armes de plus en plus meurtrières que par la conscientisation et l’union d’un prolétariat mondial par essence pacifiste. France et Jaurès faisaient la même analyse à propos de la colonisation, cruelle entreprise d’exploitation au départ, mais qui devait se transformer en véritable entreprise civilisatrice dans la mesure où l’humanité cheminerait dans ce capitalisme apaisé, en voie de socialisation démocratique.
En effet, cette généreuse espérance s’appuyait, nolens volens, sur la conviction que la domination du capital pouvait, devait être subvertie par un réformisme ferme, mais prudent, légaliste, démocratique, qui gagnerait la majorité des citoyens et des peuples à son idéal de progrès social et de paix.
Il n’y a pas lieu d’épiloguer ici sur l’attitude qu’aurait eue Jaurès s’il avait échappé aux balles de son assassin. Mais on sait quelle fut celle de son Parti, y compris des dirigeants les plus opposés aux thèses jaurésiennes (Guesde, Vaillant...). On sait quel fut l’engagement patriotique, et disons-le, nationaliste chauvin d’Anatole France dans les deux premières années du conflit. Il n’est pas question non plus ici de distribuer le blâme et l’éloge sur des engagements, alors que nous ignorons lesquels nous aurions pris si nous avions vécu à cette période. Tout au plus devons-nous constater la distorsion entre la proclamation pacifiste et anti capitaliste, sans doute sincère, mais verbale, et l’impossibilité générale de ne pas s’engager au service de "son" impérialisme, au nom du patriotisme...

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