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1792-1869

vendredi 23 août 2019, par René Merle

Encore sur les logiciels révolutionnaires

Cf. : Logiciels révolutionnaires, de 1789 à 1848

"Oui, nous nous souviendrons toujours (bis)
Des sans-culottes des faubourgs (bis)"
La Carmagnole, ajout de 1869

Je donnais il y a peu cet ajout à la Carmagnole, daté de 1869, soit un an avant que l’Aigle impérial ne s’avalise d’un plébiscite, un an avant que Badinguet et Bismarck ne fassent s’entretuer leurs peuples, un peu plus d’un an avant que les quartiers populaires de Paris, (longtemps travaillés par les missionnaires de l’Internationale et les plus résolus des radicaux), épuisés par le siège et refusant la défaite, ne se soulèvent, en en jouant une inattendue, de Carmagnole, qui se dansera en mars 1871 et se piétinera dans le sang des fusillés de la Semaine sanglante, en mai. On connaît l’histoire, que chacun se conte et reconstitue à sa manière, en en justifiant ses engagements ou ses prudences du présent, ou que chacun oublie, ou que chacun ignore…
Ainsi va l’Histoire, qui n’annonce pas à l’avance ce qu’elle fait advenir. Et qui surtout n’annonce pas à l’avance, de ce qui est advenu, ce qui va être oublié, ou reconstitué, ou falsifié…
Que nous dit le salut aux Sans-Culottes de 1869, quelque 75 ans après le paroxysme de 1792-1793, soit à peu près ce qui nous sépare du Front populaire, un Front populaire où, malgré des changements évidents de décor, nous pouvons nous retrouver sans problème. Mais un Parisien de 1869 pouvait-il se retrouver dans le Paris de 1792-1793 ? Tellement de choses avaient changé, les costumes, les uniformes, les coiffures bien sûr, mais aussi les nouvelles artères et leur modernité ostentatoire, les faubourgs phagocytés par la ville, l’expansion urbaine vers les pentes du Nord, les premières usines de la ceinture…
Il n’en demeurait pas moins que la présence du Paris de 92-93 demeurait, à bien des égards. Et nul n’imaginait en 1869 que les Tuileries, dont la prise par les Sans-Culottes le 10 août 1792 vit la fin de la monarchie, allaient brûler deux ans après, dans une épouvantable guerre civile.
Au plan symbolique, le souvenir de 1792-1793 était sans doute, du côté de la Gauche et de l’extrême Gauche, une sorte de revanche anticipée sur les tragiques espérances brisées des barricades de 1830, de 1832 (celles qu’évoque Hugo dans ses immortels Misérables), celles encore de 1839, bref celles des Sociétés secrètes, et celles que, sans mot d’ordre et sans chefs, le peuple ouvrier désespéré de juin 1848 érigea contre une République qui l’abandonnait… Tous mouvements, tous combats qui n’étaient que celui d’une avant-garde, par définition isolée et donc, par définition encore, vaincue…
Le souvenir d’août 1792 (difficilement pour beaucoup distancié de celui des massacres de septembre) est au contraire celui d’une victoire qui transcende toutes les fragmentations de sectes…
Il est une scène, pour moi inoubliable, du film La Marseillaise (que la CGT réunifiée avait commandé à Jean Renoir dans l’euphorie du Front populaire naissant et qui ne parut dans les salles, hélas, que lorsque le Front déjà se fissurait, en 1938)... Cette scène fait suite au traquenard sanglant que les défenseurs du palais royal des Tuileries, aristocrates et Suisses, ont tendu aux Fédérés marseillais et bretons, aux Gardes françaises ralliées, au bataillon des Gobelins et à la foule qui les suivait dans la grande cour. La mort pleut des balcons et les assaillants refluent dans le désordre, la partie est perdue et le 10 août ne sera pas la Journée annoncée de la leçon donnée à Madame et Monsieur Veto… Mais alors retentissent les tambours des Sections et, dans la rue qui mène au Palais, vide de fuyards désormais, s’avance le peuple de Paris, hommes et femmes, derrière l’emblématique pancarte du Petit Saint Antoine, clé, pour qui connaît la géographie parisienne, de ce centre Est (aujourd’hui quartier branché du Marais !!!) ouvrant, en amont et en aval de l’ex-Bastille, sur le volcan du Paris populaire d’antan. Et la Royauté tombe…
Renoir avait touché juste, me semble-t-il, en pointant ce qui avait pu inspirer nos républicains de 1869, tricolores ou rouges, et qui ne cessera de hanter l’imaginaire des générations successives de révolutionnaires, la prise de pouvoir du Peuple par l’assaut du palais du Pouvoir, non pas coup d’État d’une secte, mais, pour employer un vocabulaire rugbystique (c’est un peu la mode), l’essai lumineusement marqué après une phase obscure de mauls et de rucks… Le mythe d’un Peuple uni et donc invincible.

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