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À propos de la Corse, souvenirs personnels

vendredi 14 février 2020, par René Merle


De ma fenêtre, je vois les monstres croisiéristes qui lâchent leurs flots de touristes photographes sur le marché jadis cher à Gilbert Bécault - mise en abyme de deux univers...
Mais je suis obligé de penser à la Corse, puisque de cette même fenêtre (la tour, là, tout au fond), je ne vois pas la Corse, mais je vois le va-et-vient quotidien des ferries pour la Corse, (les jaunes de la ligne italienne, les blancs de la société nationale ont depuis longtemps disparu). Continent, Corse, deux univers en osmose...
Car la Corse est à deux pas. Bien des amis locaux s’y rendent fréquemment, soit chez leurs parents, soit dans leurs maisons de famille, soit, pour ceux qui ne sont pas d’origine corse, pour quelques jours de location. Et c’est par tous ceux-là que j’ai des nouvelles du pays (la Corse est faite de pays), car je ne suis plus allé en Corse depuis quelques années (un petit séjour calendal à Ajaccio qui nous a fait descendre jusqu’à Sartène et Filitosa).
J’était bien sûr allé en Corse auparavant un bon nombre de fois, souvent professionnelles (au temps lointain où les examinateurs du Bac étaient recrutés sur le continent). Je me souviens aussi d’un lointain séjour pascal, vert et pluvieux, à V., une haute vallée au nord d’Ajaccio (un des berceaux du nationalisme, et d’autres activités), dans un village presque désert où nous bénéficions de la maison d’un ami, V. Les hasards de la vie nous amenèrent à offrir notre sang à un patriarche terrassé, dont les convictions n’étaient vraiment les nôtres. Tout ceci est si loin...
Mais, si tant est que je l’ai jamais été, je ne suis plus un adepte des séjours en Corse. Pour l’heure en tout cas, je n’ai pas envie de me confondre avec la cohorte déferlante de ceux qui vont jouir du pays, (et souvent en regrettant qu’il soit peuplé d’insulaires), ni avec ceux qui proclament leur amour pour un pays qu’ils contribuent, sans le vouloir, à touristifier et à décérébrer dans une sorte d’exotisme intérieur...
Bref, la Corse, je ne sais pas... Mais les Corses ? En fait, chacun les siens...
On connaît la légende noire, et la légende méprisante... Mais elles n’ont jamais été les miennes (j’y reviendrai peut-être, à partir d’un incident lié à ma courte carrière polaresque).
Quand j’étais gamin, je pensais que les Corses étaient des rugbymen nés, sur la foi du rugueux Rugby Club Corse (et là pas de mercenaires, que des Corses de Toulon).
Mais surtout, sur la foi des orientations paternelles, dans ma candeur je pensais que la plupart des Corses étaient communistes... Deux figures emblématiques en témoignaient :

Jean Bartolini, le fougueux leader toulonnais...

Philippe Giovannini, héros de la Résistance, qui deviendra premier adjoint puis maire de la Seyne...
Mais en témoignaient surtout tous ces communistes de la basse-ville de Toulon, à deux pas de l’Arsenal qui les employait, leur saga des affichages (ah, François Pentagrossa !), ou ceux du foyer rouge (et corse) de Rodeilhac, dans le faubourg ouest de Toulon. J’emprunte au beau site Marius Autran cette photo des communistes de Rodeilhac lors d’une vente de masse le dimanche 30 septembre 1951...

Debouts depuis la gauche : Nicolas Germani, Pastinelli, Camilli, Taïb, Jo Agosti, Paul Germani, Peretti, Salvadori. À genoux : François Angelini, Félix Agosti, Victor Christofari, Raymond Agosti, Straboni, Christofari, Jeannot Agostini...
À chacun ses souvenirs, à chacun sa mythologie...

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