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"Maddy Etcheban" et l’autisme

mercredi 29 janvier 2020, par René Merle

Un apport grand public et bienvenu sur l’accueil de la personne handicapée

France télévision vient de diffuser une fiction policière tout à fait originale, Maddy Etcheban. L’enquêtrice est aussi la mère d’un jeune autiste qui vient d’avoir vingt ans et qui ne peut plus donc être accueilli dans la journée par l’IME (Institut médico éducatif). Parallèlement à son travail, plus que prenant, de policière, sa mère est confrontée au drame que vivent des dizaines de milliers de familles françaises : comment trouver une structure d’accueil pour leur enfant, quand les places sont si rares et si difficiles à obtenir dans les rares structures qui existent, associatives pour la plupart.
La directrice de l’IME dit froidement à la mère de chercher du côté de la Belgique, où, à la grande honte d’un État français défaillant, s’est développé un véritable commerce de l’accueil des jeunes handicapés.
Cette fiction a le grand mérité de poser au grand public, sans sensiblerie inutile et sans emphase, cette réalité douloureuse.
Elle a aussi un autre mérite, celui d’avoir choisi, dans la grande variété des pathologies d’autisme, un cas des plus répandus où le trouble de la communication, l’altération des interactions sociales et les anomalies comportementales ne permettent pas cette fameuse inclusion en milieu scolaire « normal », tarte à la crème et solution miracle prônée par ceux qui réduisent l’éventail des autismes à celui de la personne autonome mais repliée sur elle même et dotée de capacités intellectuelles surprenantes, comme les autistes dits asperger.
J’ai été d’autant plus sensible à tout cela que depuis cinquante ans je suis le père d’une enfant, d’une adulte aujourd’hui, dont le handicap ne relève pas de l’autisme, mais de l’impossibilité d’acquisition de fonctions essentielles à l’autonomie de la personne. J’ai donc vécu, comme notre policière, ce chemin de croix de l’impossibilité d’une scolarité « normale », cette recherche constante d’une structure d’accueil fiable et durable. J’ai donc pu constater comment le défaussement de l’État sur les conseils généraux, étranglés par le développement de l’aide sociale, ne permet pas la mise en place généralisée de vraies structures d’accueil.
J’ai donc pu vérifier l’inanité, pour ne pas dire la dangerosité, des solutions prônées en haut lieu de l’accueil familial « aidé », qui transforme les parents en « aidants » portant cette croix, et vivant dans l’angoisse de solution d’avenir quand ils ne seront plus là pour soutenir leur enfant.
"Aidants" qui n’ont ni la formation, ni la distance nécessaire, propres aux éducateurs spécialisés. Un "projet" officiel proposerait royalement aux mères "aidantes" la somme de 30 euros par jour, ce qui peut apparaître "royal" à une maman isolée (ce qui est souvent le cas devant la lâcheté masculine), mais est sans rapport avec le coût légitime d’une place en IME.
Cf. : Mauvais prof ?
Bref, en filigrane d’une enquête policière fort bien troussée, j’ai été ému et heureux de voir ainsi vraiment posé le problème de l’accueil de la personne handicapée.

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