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Du cheminement des hommes, de leurs évolutions et de leurs reniements...

samedi 1er février 2020, par René Merle

Quand le jeune homme ne se reconnaîtrait pas dans le vieil homme...

On fait souvent remarquer, non sans arrière-pensée, que l’on aurait tort de s’imaginer que, passée la Commune, tous les Communards aient été des saints. Et d’en citer quelques-uns qui ont mal tourné : boulangistes, antidreyfusards, antisémites... Certes.
D’ailleurs, dans le Var, où j’ai le plaisir de vivre, les électeurs en ont su quelque chose, qui, sous l’étiquette "socialiste avancé", firent de Gustave Cluseret, général momentané de la Commune, leur député, pour le retrouver au moment de l’Affaire, hyper nationaliste et antisémite... mais toujours élu.

Nul ne l’ignore, mais rappelons-le, le cheminement des hommes n’est pas toujours conforme à leurs engagements de jeunesse. Quelques exemples en vrac :
Si Pierre Laval (fusillé pour collaboration en 1945) était mort en 1904, il ne serait pour les biographes qu’un jeune étudiant militant du comité révolutionnaire central, arborant volontiers la cravate rouge...
Si Jacques Doriot (mort en 1945 en Allemagne dans la débâcle du Reich qu’il avait ardemment soutenu, jusqu’à porter son uniforme) était mort en 1933, il ne serait pour l’histoire qu’un actif et populaire dirigeant communiste... Comme le fut le tristement célèbre Sabiani, initialement créateur du Parti communiste à Marseille [1]
Sans parler de la belle brochette de députés socialistes, communistes, et de syndicalistes, qui en 1040 passèrent corps et âme au pétainisme, et, pour certains, jusqu’au collaborationniste le plus abject.
Sans oublier, pour passer la frontière, Benito Mussolini, responsable en 1912 du quotidien du parti socialiste italien, l’Avanti...
Etc., etc. Écourtons cette liste qui pourrait être interminable.
Mais elle ne saurait faire oublier celles et ceux, la grande majorité, qui furent fidèles à leurs engagements initiaux, y compris dans les pires épreuves, celle de la guerre de 1939-45 par exemple.

Inversement, mais c’est plutôt rare, on peut rencontrer des personnalités qui sont passés d’une jeunesse de droite ou d’ultra droite à des engagements ultérieurs plus respectables.
Si Victor Hugo était mort en 1845, il n’aurait été pour l’histoire qu’un Pair de France orléaniste, après avoir été un blanc légitimiste, qui avait quitté la plume romantique pour la politique...
Si François Mitterrand était mort en 1934, il aurait laissé la mémoire d’un étudiant aux relations cagoulardes, membre des "Jeunes Volontaires Nationaux" des "Croix de feu"... Et s’il était mort en 1942, la francisque au revers du veston...
Mais si je crois à la sincérité de Hugo dans sa mutation, je n’arrive pas à faire la part de la sincérité et celle de l’opportunisme dans l’évolution du florentin Mitterrand...

Et encore, si nous quittons les reniements, s’ouvrirait le domaine des évolutions tranquilles, comme celles qui virent passer tant de jeunes trotskystes des années 1960-1970 vers un Parti socialistes en quête de pouvoir. Bien des ministres présents ou passés en savent quelque chose.
Et, sur un autre registre, le gouvernement de notre Président offre un bel échantillonnage de déserteurs de la droite et de renégats du PS… Le dernier en date étant ce député PS qui vote contre le budget, avant de se retrouver le lendemain, stricto sensu, dans le gouvernement LaRem !

Les Communards, donc, n’ont rien d’original, qui eurent aussi leur part d’évolutions "réalistes" vers des chapelles socialistes bien réformistes...
Il n’empêche pas que, dans leur grande majorité, les survivants des bagnes et les retournés de l’exil en 1897-1880 sont demeurés fidèles à leurs engagements initiaux.
Mais ces engagements étaient-ils à même de leur permettre, à chaud, de faire face à des situations radicalement nouvelles ?
Ainsi, il est reproché à certains d’entre eux qui, fidèles à leurs engagements, croupissaient au bagne de Nouvelle Calédonie, d’avoir sans état d’âme participé à la répression de l’insurrection canaque de 1878. Reproche formulé bien sûr seulement par qui pense que l’insurrection canaque avait le droit pour elle...
Cf. : Sur l’insurrection canaque de 1878

Bref, comme aimait à le dire le regretté ( ?) Napoléon Bonaparte : « On ne peut juger du mérite d’un homme qu’après sa mort »

Notes

[1Voir, si l’envie vous en prend, mon Série noire Treize reste raide.

1 Message

  • Du cheminement des hommes, de leurs évolutions et de leurs reniements... Le 1er février à 09:27, par jean-yves salmeron

    Merci René pour cette belle synthèse !
    Un jour j’ai entendu , je ne sais plus où, cette phrase : " ce ne sont pas les idées qui coûtent , mais leur attachement à celles-ci."
    La sincérité d’un engagement amènerait donc à souffrir. Et à s’y attacher encore plus.
    Je le pense.
    Un jour de premier mai 2002, entre les deux tours de la présidentielle, dans la manifestation , un camarade de gauche, de syndicat, me susurra à l’oreille : "tu vois Jean-Yves, au premier tour j’ai voté Le Pen, pour mettre le b....l !"
    Assommé que j’étais, je n’ai pu que lui dire qu’il avait bien réussi.
    Plus tard en me remémorant ses attitudes, je constatai qu’il ramenait la lutte toujours à son propre cas.
    Sur des forums, j’ai vu des girouettes du PS et de LR, se comporter ainsi.
    Quid des idées de "gauche" et de "droite" qu’ils défendaient "âprement".
    Au passage, les mêmes affirment que droite et gauche , cela ne veut plus rien dire.
    Sauf quand ils précisent qu’ils sont de centre droit , ou de centre gauche, quand ils sont trop titillés sur leur posture.

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