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Blanqui dans "le Trombinoscope", 1871

samedi 15 février 2020, par René Merle


La haine qui a accompagné Blanqui sa vie durant a été plus violente encore au lendemain de la Commune de Paris.
Passons sur les tombereaux d’insultes déversés par les Conservateurs de tous poils sur le condamné à perpétuité. Mais peut-être plus significative et plus perverse est la réaction du magazine humoristique Le Trombinoscope [1]. Les positions libérales de celui-ci avaient sous l’Empire souffert de la censure, comme elles l’étaient encore aux débuts de la République conservatrice. Et c’est bien de cette feuille sympathiquement satirique que vient le coup de grâce, baigné de désinvolture et d’humour « parisien ».

Ainsi, en mars 1872, peut-on lire sous la caricature de couverture : « BLANQUI, LOUIS-AUGUSTE, homme politique français, né à Paris suivant Vapereau, à Nice suivant d’autres biographies ; mais un point sur lequel tous les auteurs sont d’accord, c’est que Blanqui reçut le jour en 1805, et que depuis cette époque il ne le reçut plus jamais que par un soupirail. »

Après avoir longuement et ironiquement égrené les condamnations de l’Enfermé, Le Trombinoscope conclut ainsi :
« Au physique, Blanqui est un homme de taille moyenne, il est pâle comme un volume d’Assolant [2], les joues sont plus creuses qu’un discours de Jules Simon, et la lèvre presque aussi mince que le mérite de Jules Ferry. Blanqui est un de ces misérables qui sacrifient leur vie tout entière sans croire à une meilleure, contraste frappant avec les heureux du jour qui croient à un monde meilleur, mais qui jouissent de celui-ci comme s’ils n’étaient pas bien sûrs qu’il y en eût un autre. Si vraiment il y a un paradis, et que Blanqui et Ernest Picard [3] s’y rencontrent, ce sera la preuve que toutes les routes y mènent ; les sentiers semés de ronces et de chiendent aussi bien que les chemins bordés de fleurs et de bonnes saucisses ; en un mot, Blanqui appartient à cette catégorie de malfaiteurs de la pire espèce, dont l’énormité des crimes est en raison inverse du profit qu’ils en retirent. En politique, c’est ainsi que se mesurent les forfaits – Blanqui est certainement l’homme de France qui a le moins contribué à l’élévation du prix des loyers en France.
Mars 1872 »

Notes

[1Créé et dirigé par le journaliste Léon-Charles Bienvenu, dit Touchatout, il bénéficiait des dessins des meilleurs caricaturistes, et en l’occurrence ici de Georges Lafosse

[2Alfred Assolant. Touchatout démolit ainsi un romancier républicain avancé, proche des Communards

[3Ministre de l’Intérieur de Thiers au moment de la Commune, Picard s’y signala par sa politique répressive, tant à Paris que dans les villes de province qui connaissaient des soulèvements similaires

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