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Prométhée ; naissance de la civilisation

vendredi 18 janvier 2019, par René Merle

La vision d’Eschyle du passage de la préhistoire à l’histoire

Je suis toujours frappé par le tableau que, devant l’immense public athénien, fit Eschyle du passage de la préhistoire à la civilisation savoir faire et Raison), en fait du passage du paléolithique des chasseurs cueilleurs au néolithique dont avait lentement émergé la société grecque. [1].

Prométhée est martyrisé par Héphaïstos, sur ordre de Zeus, (le chef des jeunes dieux qui viennent d’abattre les anciens dieux du Chaos premier). Il s’adresse au Chœur :

Ne croyez pas que ce soit par morgue ou par fierté
que je me tais : en pensée je ronge mon cœur
de me voir bafoué de la sorte.
Oui, qui d’autre que moi a défini
pour ces dieux nouveaux tous leurs privilèges ?
Mais je tairai cela, je ne vous apprendrais
que ce que vous savez. Oyez plutôt les peines
des humains et comme d’enfants qu’ils étaient
j’en ai fait des esprits doués de raison.
Je le dis non pas pour blâmer les hommes
mais pour expliquer comment ils me sont redevables.
D’abord ils regardaient sans voir,
écoutaient sans entendre. Pareils
à des formes de songe, ils mêlaient tout
au hasard de leur longue vie, et sans connaître
la maison de brique au soleil ni l’art du bois.
Ils vivaient sous terre comme des fourmis chétives
dans les profondeurs des antres sans soleil.
Ils n’avaient aucun indice certain de l’hiver,
ni du printemps en fleur ni du fructueux été.
Ils agissaient en tout sans savoir
jusqu’au jour où moi je leur appris
le secret des levers et des couchers astraux.
Et j’ai trouvé pour eux le Nombre,
suprême science, et la combinaison des lettres,
mémoire de tout, mère ouvrière des Muses.
J’ai le premier subjugué d’un joug l’animal,
pour qu’il plie sous le collier et que son corps
remplace les mortels dans les gros travaux ;
j’ai conduit au char les chevaux bridés,
luxe orgueilleux du riche.
Nul que moi n’a trouvé pour les matelots
ces chars aux ailes de toile, ces coureurs de mer.
Moi qui trouvais de pareils engins pour les hommes,
misère ! aujourd’hui je ne puis savoir
Ce qui me déferait de ma douleur présente.
[…]

Notes

[1Eschyle, Prométhée enchaîné, (entre 462 et 459 ?). Parmi les nombreuses traductions, j’ai choisi celle de Jean Grosjean [1912-2006], poète, écrivain et traducteur

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