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Quand l’idéologie dominante se révèle avec candeur

vendredi 28 février 2020, par René Merle

J’aime bien l’émission C politique, sur la 5. Elle nous apporte souvent un souffle d’air frais en invitant des auteurs dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas en cour dans la monde macronien.
Mais, nécessité fait loi, elle invite aussi des intellectuels qui, directement ou indirectement, soutiennent fermement le Pouvoir.
Ainsi, dimanche dernier, j’ai écouté une de nos sommités intellectuelles, sociologue spécialiste du « Vivre ensemble » et de la démocratie, au CV impressionnant : ex-membre du Conseil constitutionnel, directrice de l’École des hautes études en sciences sociales, présidente du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, présidente de l’Institut d’études avancées de Paris, et dorénavant adoubée par Monsieur Blanquer comme présidente du futur Conseil des sages de la laïcité. Plus, évidemment, Officier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’Ordre national du Mérite, Officier des Arts et des lettres…
Je me garderai bien de mettre en cause l’honnêteté intellectuelle de cette dame par ailleurs sympathique, contrairement à bien des mandarins de la pensée imbus d’eux-mêmes.
Mais, dès le début sa prestation, j’ai compris qu’en toute honnêteté, je le répète, elle avait intériorisé et fait siens les dogmes de l’idéologie dominante au point de ne pas comprendre que l’on puisse ne pas les accepter.
Je reprends rapidement son propos introductif (je sais, résumer c’est schématiser, mais je vous renvoie au Replay si vous avez des doutes : Qu’est-ce que la démocratie ? C’est vivre ensemble et régler les différends par la parole. Or que voyons-nous dans la contestation présente : de condamnables manifestations, danses en salopette et avalanche d’amendements contre lesquelles un État faible comme le nôtre ne sait pas se défendre, pas plus qu’il ne sait régler les problèmes des banlieues… Il n’y a plus de démocratie possible quand on des opposants ont recours à pareils procédés.
Pour appuyer caricaturalement ces propos introductifs, une séquence Macron nous a montré notre Président, interpellé au salon de l’Agriculture par une dame Gilet jaune, lui répondre textuellement : « Mais arrêtez de manifester, parlez ! ».
Comme si le pouvoir n’avait pas justement choisi de ne pas écouter, de ne pas discuter, et de substituer en permanence à la vraie négociation l’enfumage de la parole présidentielle [1] (on l’a vu avec le fumeux Grand Débat, on vient encore de le voir avec l’épisode de la visite à l’hôpital de la Salpetrière), et, concrètement d’imposer son point de vue.
Pour faire court, nos contestataires ne joueraient pas le jeu de la démocratie en s’opposant à un président parangon de la démocratie : il a été élu, donc il fait ce qu’il veut, point final.
Ce qui m’incite à revenir bientôt sur cette question du rapport de la légitimité démocratique initiale donnée par l’élection à la volonté de passer en force, quoi qu’il arrive.

En attendant, j’ai remercié cette dame de nous révéler ainsi, dans sa candeur, la trame de cette idéologie dominante dont souvent nos « élites » ont sucé le lait par transmission familiale, par formation sélective, par osmose avec les décideurs…
Récemment encore, Monsieur Badinter a violemment condamné, au nom de la démocratie, la parodie révolutionnaire de la tête au bout d’une pique, comme si le mouvement social actuel était un appel à la guillotine.
Tout historien objectif (ils ne le sont pas tous ?) sait pourtant que bien des progrès politiques, sociaux, culturels, ont été gagnés dans le rapport de force avec un pouvoir sur de sa légitimité et de sa force. Notre fête nationale n’est-elle pas autant l’anniversaire de la Fête de la Fédération, en 1790, que celui de la prise de la Bastille, qui l’avait générée ?

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