La Seyne sur Mer

Accueil > Religions, croyances > Et Dieu dans tout ça ? (1 - États Unis - Russie : le Dieu des peuples (...)

Et Dieu dans tout ça ? (1 - États Unis - Russie : le Dieu des peuples élus)

mercredi 11 mars 2020, par René Merle

On le sait, les voies du Seigneur sont impénétrables. Ainsi de la « semaine de prières et de jeûne » organisée du 17 au 24 février par la communauté évangélique de Mulhouse « Portes ouvertes chrétienne », qui semble être à l’origine du foyer (pardon, du « cluster » [1]) de contamination par le coronavirus en Alsace.
L’ironie serait trop facile pour que nous y sacrifiions. Surtout de la part d’un mécréant, qui a néanmoins quelques amis chrétiens.
Mais puisque christianisme et Bible il y a, comment ne pas se réjouir que des puissances étatiques majeures de ce monde se soient placés sous cette protection divine chrétienne, Dieu d’amour et de miséricorde…
Nous pensons d’abord bien sûr à cette monarchie absolue, de droit divin et élective où François exerce souverainement le triple pouvoir exécutif, législatif et judiciaire : l’État du Vatican, cher aux philatélistes, et directeur des consciences de millions de chrétiens de ce monde (et de l’autre).
Mais nous pensons surtout aux deux superpuissances si longtemps affrontées, que la commune miséricorde divine peut aujourd’hui quelque peu rabibocher, les Etats-Unis et la Russie.
En voilà deux qui jouissent d’une protection que notre État laïque a grandement tort de refuser, tant elle paraît rassurante.
Notons toutefois que nous en participons par le biais de l’Église romaine de Saint-Jean de Latran (propriété pontificale), dont notre Président, comme ses prédécesseurs les Rois de France, est chanoine honoraire. La France toujours fille aînée de l’Église catholique…

Mais revenons à nos deux agneaux de Dieu.

Dans un pays où la devise officielle est In God we trust [2], où l’on jure sur la Bible, il n’est pas étonnant qu’un Sataniste (non, ça ne s’invente pas, vrai de vrai [3]) ait été récemment débouté en justice de son action pour faire retirer cette devise nationale des billets de banque. Elle y demeure, comme elle accompagne chaque année la médaille commémorative de l’élection de Trump.
Mais attention, « God » n’est pas le dieu de n’importe quel peuple, il est le Dieu du peuple élu, le Peuple étatsunien, qui fonde sur lui et justifie par lui le mode de vie de la nation. Comme le déclarait le Président Trump à la Nuit de l’État de l’Union : « In America, we know that faith and family, not government and bureaucracy, are the center of the American life. The motto [4] is ’in God we trust. »
Cette protection divine ne date pas d’hier, elle est congénitale à la naissance de l’Union.

On pourrait en dire autant de ce qui vient d’advenir en Russie où cinquante ans de communisme sont balayés par la devise que le président Poutine veut introduire dans la Constitution : « Бог, семья, русский народ » – « Dieu, famille et peuple russe ».
L’ex communiste agent du KGB renoue ainsi avec la plus pure tradition nationale-religieuse tsariste.
L’emblème officiel de la Russie est redevenu l’aigle bicéphale hérité de l’Empire byzantin, symbole à la fois du pouvoir tsariste et de l’église orthodoxe dont le Saint-Synode est situé à Moscou [5].

Bref, du côté étatsunien, un Dieu protecteur, qui rassemble patriotiquement dans leur variété toutes les chapelles chrétiennes du pays, et, au-delà... Du côté russe, Un Dieu qui est à la foi celui de l’État et celui de la religion orthodoxe, indissolublement fusionnels.

C’est peut-être un peu compliqué, mais… Dieu reconnaîtra les siens.

Notes

[3L’Église de Satan, (ou Temple satanique), a été fondée en 1966 aux Etats-Unis. Reconnue comme une église légitime, cette organisation non théiste veut mener combat contre la prégnance du courant chrétien conservateur ; elle se réclame de la raison, de la science et de la liberté d’expression, et lutte résolument pour sauver le droit à l’avortement. De quoi être sataniste ?

[4« The Motto » : la devise

[5Pour aller vite : l’aigle bicéphale de l’empire byzantin regardait vers l’est et vers l’ouest. Le sceptre et la sphère dorée dans les serres de l’aigle représentaient respectivement le pouvoir du tsar et celui de l’église orthodoxe russe.

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP