La Seyne sur Mer

Accueil > France contemporaine > Santé > Premier jour de confinement

Premier jour de confinement

mercredi 18 mars 2020, par René Merle

Il ne faut jamais jurer de rien. Je vous disais que j’allais ralentir le rythme de mes billets [1], et voilà que la triste actualité me pousse plus que je ne le pensais à la chronique quotidienne.
Hier après-midi début du confinement. Mais le matin, queue à la supérette, queue à la pharmacie, pas d’énervement mais de la lassitude déjà. Derrière moi, dans une queue, une vieille dame maudissait à voix haute, comme pour elle seule, les restrictions et les queues de la guerre, la vraie, celle où les bombes nous tombaient dessus, et que l’on avait oubliée.
Le foyer où vit notre fille handicapée m’a annoncé que les sorties et les visites ne sont plus autorisées. Double peine de solitude et de tristesse.
Les voisins et les amis téléphonent.
Bref, la nouvelle vie.

Le Président nous avait appelé au Rassemblement et à la responsabilité.
On lui aurait presque donné, pour une fois, le label « capitaine courageux ».
Et voilà qu’en ces temps d’Union nationale proclamée, l’ex-ministre de la Santé, qu’un monarque irresponsable avait envoyée soudainement sauver LaRem parisienne (avec le succès que l’on sait), révèle l’incohérence et l’inanité de ce pouvoir solitaire, aujourd’hui réduit à la solitude d’un homme dans l’Élysée vide. « On aurait dû… »,
Et chacun de se demander ce que cache ce mentir-vrai. Quand Mme Buzyn déclarait fin janvier que les risques de propagation étaient très faibles, quand notre Président nous incitait à aller comme lui au théâtre et à ne pas modifier nos habitudes, quand on traitait avec condescendance les nouvelles de Chine et avec une légère ironie celles d’Italie, le Pouvoir a-t-il vraiment refusé de mesurer la gravité de la crise ? Comme l’écrit Mélenchon sur sa page Facebook, « A-t-elle su et prévenu trois mois avant ? Et dans ce cas pourquoi rien n’a-t-il été fait ? Pourquoi raconte-t-elle cette histoire maintenant quand il est trop tard ? Se rend-elle compte qu’elle engage sa responsabilité pénale et celle des autres personnes qu’elle dit avoir prévenue ? ».
Quoi qu’il en soit, le mal est fait. Et un doute terrible vient ébranler la déjà bien frêle confiance dans le Chef de guerre et sa camarilla.
Et ce doute s’ajoute à la colère froide de voir ceux qui ont voulu achever notre système de protection sanitaire et sociale en découvrir soudainement l’utilité.
Mais bon, il est clair que ces considérations ne doivent nuire en rien au plus que nécessaire civisme et aux urgences immédiates. Il sera temps d’y revenir quand la crise sera surmontée.
Pour le moment, malgré quelques scènes regrettables dues à la peur de la pénurie ou celle de la contagion dans la Grand Ville, le plus grand nombre joue le jeu.
« Citoyenneté, solidarité, fraternité », voilà des mots que l’on jugeait ringards dans la Start up Nation, celle de l’ubérisation, de l’individualisme assumé… Mais les sociologues qui ne sont pas aux ordres savaient bien que ces mots prenaient vie sur les ronds points des Gilets jaunes, et dans les manifestations contre la réforme des retraites. Allez, soyons grandiloquents : si le pouvoir n’a pas été à la hauteur de l’enjeu, et s’il en profite pour renforcer son caractère personnel, on ne peut que souhaiter que le Peuple, (qui est bien plus que l’agrégat de monades égoïstes et apeurées) trouve en lui les moyens de d’affronter la crise et, à terme, de la juguler.
Mais après cette première journée, nous ne pouvons que penser que cela sera long, bien long.

1 Message

  • Premier jour de confinement Le 18 mars à 06:43, par Gérard Pavillon

    Pour relativiser les déclarations décalées d’Agnès Buzyn, je citerai plutôt Jean-Hervé Bradol, directeur d’études chez Médecins sans frontières, qui a une compétence et une expérience en rapport avec la situation :
    "Mais les réalités épidémiologiques sont très difficiles à connaître en direct. L’épidémiologie en direct, c’est un sport très, très difficile. On demande aux épidémiologistes de prévoir l’avenir, mais personne n’en est capable."

    Médiapart, 17 mars 2020

    Bon courage cher René

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP