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RapaNui et collapsologie

mercredi 25 mars 2020, par René Merle

J’ai plusieurs fois évoqué sur ce site Rapa Nui, l’île de Pâques :
Rapa Nui
J’y repensais ces jours-ci, où la catastrophe qui s’annonce semble bien être le résultat d’une gestion séculaire totalement irresponsable de l’œcoumène, gestion qui a atteint des sommets de dangerosité avec l’avènement de notre capitalisme libéral mondialisé [1]

Comment dans ce contexte ne pas repenser à Rapa Nui, dont le destin a fourni d’innombrables articles et d’innombrables controverses alimentant les thèses collapsologues qui annoncent un effondrement de notre société industrielle.
Je me garderai de verser de l’eau à ce moulin assez terrifiant.
Mais quand même, on ne peut s’empêcher de penser à la métaphore de notre destin que nous offre Rapa Nui.
Voilà une île située à des milliers de kilomètres de toute terre, aussi perdue dans l’océan que notre Terre peut l’être dans l’univers…
Voilà une poignée de hardis navigateurs polynésiens [2] sur leurs grandes pirogues à balancier, qui la découvrent, vide de tout habitant, à une date qui varie suivant les spécialistes entre 400 et 1200 ap. J.C.
Ils avaient traversé (à l’aveuglette ? mais se repérant avec les étoiles) un espace aussi infini pour eux que pourrait l’être Mars pour nous, avec pour tout bagage de la volaille, des tubercules de taro et autres plants précieux.
D’autres étaient arrivés au Sud sur les terres tout aussi lointaines et non peuplées, mais immenses et nourricières de Ao Tea Ora, l’actuelle Nouvelle Zélande, et d’autres au Nord sur le lointain archipel d’Hawaii.
Mais il s’agissait avec Rapa Nui d’un confetti volcanique couvert d’une forêt abondante (les études du pollen en attestent) mais qui s’avéra peu fertile après déforestation.
Et la déforestation fut telle en quelques siècles que le bois, qui était déjà une denrée rarissime, devint pratiquement introuvable.
Avec pour conséquence l’impossibilité de construire de grands navires et quitter l’île.
Une humanité enclose sur elle même, dont la croissance démographique alla de pair avec la dégradation de l’environnement.
On imagine naturellement que la population, qui avait sensiblement augmenté depuis l’arrivée des premiers navigateurs, se trouva dans la nécessité de tirer au mieux parti de cette terre balayée par les vents.
S’en suivirent des famines, des luttes de clans et de castes pour la possession du sol, luttes marquées par l’abandon des vieilles croyances et le renversement des moais tutélaires et aristocratiques.
L’arrivée des Européens au XVII siècle n’aurait fait que mettre le coup de grâce à cette déréliction.
C’est la thèse développée notamment par Jared Diamond, Collapse : How Societies Choose to Fail or Survive, traduction française : Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard Essais 2006, Folio 2009.
D’autres chercheurs estiment au contraire que les Européens et leur cruelle rapacité sont responsables du bouleversement d’une économie qui avait trouvé son équilibre.
Mais quoi qu’il en soit, la métaphore est parlante d’une civilisation exploitant son environnement jusqu’à extinction, et qui s’en trouve malade, jusqu’à en mourir.

Notes

[1Cf. par exemple Déforestation.
Coronavirus boomerang. Cf. aussi dans Le Monde diplomatique de mars, Sonia Shah « Contre les pandémies, l’écologie »

[2Venus de Tahiti, ou même des très septentrionales Marquises

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