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Regards croisés sur Heidegger

mardi 22 janvier 2019, par René Merle

Du nazisme et de la philosophie d’Heidegger. Politzer, Nizan, Onfray, Farias...

« Il est né, il a vécu, il est mort », a dit Heidegger de son cher Aristote, pointant ainsi que l’Œuvre est fondamentale, et non la biographie.
Il faut dire qu’il avait bien besoin de dissocier sa philosophie de son brassard à croix gammée. Y-a-t- réussi ? Sans doute oui, puisque tant de ses disciples, et Dieu sait qu’il en a eus et qu’il e a encore, (y compris de grands et dignes résistants français), pointent la richesse de l’œuvre en jugeant ses engagements politiques tout au plus circonstanciels et opportunistes, comme ceux de tant de bons Allemands...

En dépit de la cécité de ces admirateurs, le débat récurrent sur le nazisme de Heidegger a pourtant été depuis longtemps tranché par l’enquête de Victor Farias, Heidegger et le nazisme, Verdier, 1987. Heidegger a été bel et bien nazi, par conviction et non par opportunisme.
Mais évidemment le problème demeure entier du rapport à cet engagement nazi de l’œuvre si encensée, et en grande partie antérieure à l’avènement d’Hitler.

D’où l’intérêt des regards critiques sur cette œuvre portés dans les années Trente, qui pointent à la source un terreau philosophique irrationaliste dans lequel l’engagement nazi n’aura plus qu’à se couler.
Dans sa Contre-histoire de la philosophie (conférences Université populaire de Caen, 2011-2012), Michel Onfray a heureusement rappelé à cet égard le rôle de deux jeunes philosophes communistes, Paul Nizan et Georges Politzer[[Voir sur ce blog Politzer]. (On sait ou on ne sait pas que le premier [1905] est mort au combat lors de la bataille de Dunkerque, en mai 1940, et que le second [1903] fut fusillé par les nazis au Mont-Valérien en mai 1942. On sait aussi, ou on ne sait pas, que Martin Heidegger [1889], qui fut dignitaire nazi, est mort tranquillement dans son lit à Fribourg-en-Brisgau (RFA) en 1976…

On peut lire l’intervention initiale de Nizan, (« Tendances actuelles de la philosophie », L’Étudiant d’avant-garde) dans Paul Nizan, Articles littéraires et politiques 1923-1935 (édition établie par Anne Mathieu), Nantes, Éditions Joseph K, 2005.
Voici ce qu’en écrivait Philippe Lançon dans Libération (« Le sens du combat », 26 mai 2005) :
« Un article de 1934 sur les « Tendances actuelles de la philosophie » reste mémorable. Nizan constate d’abord, avec son ironie sévère, que « cette philosophie démocratique et vertueuse des droits de l’homme et de l’enfant ne suffit plus désormais aux exigences politiques de la domination bourgeoise : il faut d’autres armes à cette domination que les catéchismes laïques et les études critiques sur les fondements du devoir. » Quelles armes ? Celles, sur les bases de Kierkegaard, de la faillite de la raison et de la renaissance des mythes nationalistes. Nizan fait l’inventaire de ces nouveaux philosophes : parmi eux, Heidegger, « le philosophe de Heidelberg (...) dont les chefs de bandes nationaux-socialistes ont fait un recteur d’Université » : sa phénoménologie « se présente comme une rupture, comme une invention absolument originale, tellement originale qu’elle exige un nouveau vocabulaire, une nouvelle grammaire de l’Esprit, qu’elle donne l’illusion aux "intellectuels" des sections d’assaut de faire facilement des découvertes bouleversantes ». Notons que Sartre appréciait Kierkegaard. Conclusion : pour dépasser l’angoisse (que le jeune Nizan a tant éprouvée), seule « la dialectique de Lénine triomphe parce qu’elle est vraie ».

À lire : l’Humanité

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