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Des émeutes provençales de 1789 et de la situation actuelle

samedi 26 janvier 2019, par René Merle

L’affiche royale en provençal de 1789

Dans une mise en abyme avec notre situation actuelle, j’évoquais dans un article récent le discours de Louis XVI lors de l’ouverture des États Généraux, le 7 mai 1789 : De l’ouverture des États Généraux de 1789 à l’ouverture du Grand Débat National de 2019
Je vous propose aujourd’hui un document sur la situation prérévolutionnaire de mars 1789, qui à certains égards ne nous laisse pas indifférents aujourd’hui.
En 1789, et ceci depuis le rattachement de la Provence à la France, (à la fin du XVe siècle), la langue du pays, langue encore de tous, n’avait aucun accès à l’écrit administratif. Autant dire que, d’un certain point de vue, elle n’existait pas.
Mais voici qu’en mars 1789, une vague d’émeutes secoue villages et villes de la Provence, unissant un peuple exaspéré par la disette et des bourgeois bien décidés à prendre le pouvoir municipal.
Débordé, puis effrayé, le pouvoir va alors réagir dans l’urgence en utilisant, pour la première fois depuis trois siècles, la langue du peuple en langue d’officialité, histoire d’essayer de calmer ce peuple furieux [1]

Je traduis littéralement :
« De la part du Roi, Comte de Provence.
Sa Majesté est informée que les Habitants de nombreux villages de cette Province s’assemblent sans la permission de leurs Consuls (maire, édiles), & se rendent en troupe dans les villes des marchés publics (marchés à blé), où ils demandent ce qu’il n’est pas possible de leur accorder ; et comme de pareilles séditions contraires à l’obéissance qui est due au Roi, occasionneraient la famine, & la mort d’un grand nombre d’habitants, qui ne peuvent subsister que par l’ordre public qui doit être établi par les Conseils de Villes, le Roi, bien persuadé que ses sujets provençaux son trop fidèles à son obéissance pour se porter à des excès capables de détruire par la famine la plus grande partie des habitants de la Provence, leur ordonne expressément sous les peines portées par les Ordonnances pour les crimes semblables, de cesser ces attroupements & assemblées séditieuses, & leur commande de présenter leurs demandes aux Administrations de la province, par leurs édiles, & par des mémoires écrits, auxquels il répondra.
Signé DE COINCY, Lieutenant général des armées du Roi, Commandeur de l’Ordre royal de St. Louis & Commandant dans Toulon & les environs. »

On le voit, comme notre Président aujourd’hui, notre Bon Roi de mars 1789 demandait d’évacuer les ronds-points, pardon les places publiques, et prenait pour intermédiaires les élus locaux pour lesquels il n’avait eu jusqu’alors que mépris.
On sait ce qu’il est advenu à Paris quatre mois après les insurrections provençales victorieuses de mars 1789, annonciatrices de la Grande Révolution…

Notes

[1Le pouvoir fut si peu fier de son initiative linguistique de sauvegarde, et les pouvoirs ultérieurs également, que le souvenir de cette affiche fut pratiquement occulté, et ignoré par les publications érudites ou provençalistes. L’affiche était pourtant bien mentionnée dans l’ouvrage de Robert Reboul, Bibliographie des ouvrages imprimés en patois du Midi de la France, Paris, Léon Techener, 1877, comme imprimée à Aix en Provence et à Toulon.
Il ne restait donc plus, nous Toulonnais, qu’à trouver celle de Toulon. Je m’y suis employé en préparant avec mon ami Antoine Tramoni un ouvrage sur les débuts de la Révolution à Toulon. Et Antoine Tramoni retrouva l’affiche aux A.M. de Toulon dans un dossier qui semblait n’avoir pas été déficelé depuis des lustres…

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