Categories

Accueil > Court XXe siècle, 1914 - 1945 > À propos de la Révolution d’octobre

À propos de la Révolution d’octobre

dimanche 27 janvier 2019, par René Merle

Le point de vue de Constanzo Preve

La République russe, née de la révolution de février 1917, ne dérangea pas particulièrement nos « élites » bourgeoises - voir ci-dessus le dessin publié sur le grand quotidien Excelsior :
Ma foi, notre ami le Tzar était renversé, mais le nouveau gouvernement continuait la guerre à nos côtés, et ne semblait pas disposé à céder aux tentations collectivistes, c’est le moins que l’on pouvait dire.
Hélas pour les Belles Âmes, la Révolution d’Octobre vint, qui porta au pouvoir les Bolcheviks.

Je souriais en publiant il y a peu le point de vue d’André Breton sur cette prise de pouvoir par les Rouges : André Breton et la Révolution d’Octobre. Car j’en voyais dans le coin certains qui faisaient la moue, en se disant, « voilà une fois de plus Merle embarqué dans ses nostalgies révolutionnaires, dont sont nées le stalinisme, le goulag et la guerre froide… Quelle ignominie ! »

À e propos, je verse au dossier le point de vue du philosophe italien Constanzo Preve [1].

« Lénine et ses camarades bolcheviques ont-ils bien fait de faire la Révolution d’octobre ou s’agit-il d’une erreur et/ou d’un crime (coup d’État, projet totalitaire etc.). En termes historiographiques rigoureux, cette façon de poser la question est certainement du dilettantisme, mais je pense également qu’il est légitime de la maintenir sous cette forme.
Je ne veux pas tergiverser ou me réfugier dans la « complexité » : oui, ils ont bien fait et que Dieu les bénisse de l’avoir fait. Les siècles passeront, de nouvelles classes dominantes trouveront des manières inédites d’exploiter de nouvelles classes exploitées, mais la grandeur de ce qu’ont fait Lénine et ses compagnons ne sera pas oubliée, et, certainement, inspirera de futurs comportements analogues, bien plus que Münzer en 1525, que Cromwell en 1641 et que Robespierre en 1789, qui à côté sont peu de chose. Il y a en fait une nouveauté absolue en 1917 : pour la première fois dans l’histoire, les classes dominées ont vraiment été au pouvoir durant plus que quelques semaines (comme ont pu le faire les disciples de Toutankhamon et du culte solaire, les esclaves romains de Spartacus et d’Eunus, les mazdéens persans, la Commune de Paris en 1871 et les divers autres miséreux dispersés dans l’histoire mondiale parmi lesquels les Sourcils rouges et les Turbans jaunes en Chine).Cependant, du moment que les classes dominées, ne sont absolument pas capables d’une hégémonie sur la société entière, mais doivent nécessairement et inexorablement (ces adverbes pompeux constituent la clé théorique de ce quatrième chapitre) se faire « représenter » par une couche spécialisée issue de leur sein, on peut en déduire que cette couche va évoluer assez souvent en une nouvelle classe dominante, sur la base des différences de savoir et de pouvoir dont elle dispose à l’intérieur de la division sociale et technique du travail. »

Notes

[1Constanzo Preve, Storia critica del marxismo, ed. La Città del Sole, 2007. Traduit par Baptiste Eychart et publié par Armand Colin, en 2011.

Répondre à cet article