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Les socialistes français, le pouvoir financier… et Emmanuel Macron

mardi 29 janvier 2019, par René Merle

Du Ministère à la Présidence

Ainsi, la marée macronienne Foulards rouges plus ou moins BC BG a petitement déferlé dans Paris.
Mais le principal intéressé n’était pas à sa tête. Il préférait s’occuper du GDN (la mode est impérativement aux initiales, je n’y peux rien) censé le sortir de sa mauvaise passe.

Au moment donc où notre Président s’en vient cajoler « ceux qui ne sont rien » pour faire oublier son étiquette de « Président des riches », un petit retour en arrière n’est pas inutile.

Le candidat Hollande avait eu en 2012 cette formule sacrilège : « Mon ennemi, c’est la Finance ».
On pouvait facilement lui pardonner de saper ainsi le fondement de notre société de marché, car nous savions, et nous l’avions écrit cent fois, qu’il n’en pensait rien, qu’il ne disait cela que pour être élu, et faire justement la politique de la finance. Ou plutôt faire faire cette politique par des gens qui s’y connaissent.
Car, en matière de finance, le handicap de François Hollande était patent. Cursus d’énarque, d’obligé de François Mitterrand, puis de secrétaire du PS : malgré quelques incursions journalistiques et pédagogiques sur l’économie, lors de ses jeunes années, François Hollande n’avait pas vraiment connu de l’intérieur les mécanismes de la Finance.

Rien à voir avec le candidat plébiscité par les socialistes pour cette élection de 2012, Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international (FMI), dont les péripéties new-yorkaises brisèrent l’élan. Nous aurions eu avec lui un homme vraiment en symbiose avec la Finance, et son quinquennat aurait sans doute eu moins d’hypocrisie en ce domaine que celui de son remplaçant.
Les Français avaient déjà eu un précédent de ce type avec le Président Pompidou, qui avait été directeur de la Banque Rothschild de 1956 à 1958, banque que, sous l’influence d’ignares communistes, pourfendeurs de la Finance, le gouvernement Mauroy avait nationalisée en 1982.

On sait que la famille de Rothschild réagit en 1983 en fondant la banque d’affaires Rothschild & Cie, que le jeune et brillant Emmanuel Macron intègrera en 2008 ; il en deviendra associé-gérant.
Qu’y faisait-il ? Je vous renvoie à l’article suivant :
Macron banquier

Or c’est justement ce jeune banquier que François Hollande nommera secrétaire général adjoint du cabinet du président de la République en 2012, avant de le propulser Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique en 2014. On imagine que François Hollande avait déjà vite mis dans le tiroir sa formule percutante de 2012 quand il a choisi cette jeune pousse de la haute finance.

Poussé par d’occultes mentors, le jeune ministre et son épouse ont pendant deux ans mis à profit les portes qu’ouvraient le ministère, et ses salons, pour tisser un réseau d’influence très conséquent, qu’il ne restait plus qu’à utiliser, et le ministre démissionnaire ne s’en fit pas faute après avoir poignardé son Président dans le dos en se portant candidat contre lui. Mais pas candidat contre son programme, sa vision de la politique économique, ses réformes engagées.

Il est assez intéressant en effet, en renouant le fil du Macron ministre socialiste et du Macron président « en même temps », de constater, mesure par mesure, qu’il n’y a pas eu rupture en 2017, mais bien continuité et aggravation en matière économique et sociale.
Dans un déni jésuitique assez éclairant, notre Président prend acte de la colère suscitée par cette politique, mais en renvoie la responsabilité sur les gouvernements précédents, en oubliant qu’il en avait fait partie. Mieux, notre Président a cru bon d’avancer « je suis né de cette colère », comme si son élection en était le fruit, comme si la révolte des Gilets jaunes justifiait en définitive sa politique : le Peuple souffre et c’est bien pour cela que je lui fais don de ma personne...

Bref, devant cette France populaire qu’il ne voulait ou ne savait pas voir, et qui se lève, notre Président semble reprendre à son compte la fameuse formule : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur » [1]

Notes

[1Cocteau, Les Mariés de la Tour Eiffel, 1928

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