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Des philosophes en politique ?

mercredi 30 janvier 2019, par René Merle

J’apprends comme vous que le jeune professeur de philosophie François-Xavier Bellamy sera tête de liste pour LR aux européennes. Il donne toute liberté aux autres de défendre leurs opinions, mais lui ne connaît qu’une vérité, la sienne, à savoir la vérité divine.
Bon, ne nous plaignons pas, car c’est quand même plutôt rare de trouver un professeur de philo chez nos dirigeants politiques. Cependant, pour faire contrepoids, nous avons de l’autre côté Jean-Luc Mélenchon, titulaire d’une licence de philo…

Philosophie ? J’ai avec son enseignement un rapport vécu ambigu, sur lequel je reviendrai peut-être. Et j’ai (comme beaucoup) avec son statut une interrogation majeure : peut-on se réclamer d’une discipline qui, étymologiquement, devrait nous inciter à essayer de bien vivre, (tant avec nous-mêmes qu’avec les autres), sans en faire un vrai guide de vie ?

La retraite venue depuis longtemps, je continue à fréquenter le maquis de ceux qui ne confondent pas la philosophie avec l’idéologie : fournisseurs de concepts et bâtisseurs de systèmes, bien sûr, et, plus modestement, épistémologues et historiens de la philosophie… Voire vulgarisateurs !

Vulgarisation de la philo ? Guide vers l’œuvre certes, mais aussi filtre qui en arrive à phagocyter la source féconde primitive.
Pour autant, naturellement, je continue à lire ceux qui, dans la presse et les revues, font un beau travail de transmission à destination du plus grand nombre. Bien des lecteurs de Libération, par exemple, ont pu être gagnés à la réflexion philosophique par les chroniques de Robert Maggiori…
On peut néanmoins s’interroger sur l’abondance de commentateurs, vulgarisateurs, décrypteurs, décodeurs, exégètes, roués du profil de carrière et friands de reconnaissance médiatique : vous pouvez même faire des croisières « culturelles » avec les plus connus.

Et comme quelques-uns de ces « philosophes » ont l’oreille des puissants et des décideurs, jusqu’à jouer récemment les presque ministres des affaires étrangères ou les ministres tout court, plus je m’étonne que la déraison continue à régner dans notre pauvre monde…

En mettant de côté cette morosité philosophique, j’aimerais m’en tenir à ces quelques lignes de René Descartes, répondant vertement aux assauts de l’orthodoxe prédicateur réformé Gijsbert Voet [1] :

« La philosophie que je recherche, ainsi que tous ceux qui se sont dévoués à son étude, n’est rien d’autre que la connaissance de ces vérités qu’on peut découvrir par la lumière naturelle, et qui peuvent être utiles au genre humain : en sorte qu’aucune étude ne peut être plus honnête, plus digne de l’homme, ni plus utile en cette vie. » [2]

Notes

[1Epistola Renati Descartes ad celeberimum Virum D. Gisbertum Voetium…, Amsterdam, 1643. Lettre traduite pour la première fois en français, semble-t-il, dans Œuvres de Descartes, publiées par Victor Cousin, T.11, Paris, Levrault, 1826.

[2Descartes, Œuvres, Adam-Tannery, Paris, Cerf, 1897-1909.

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