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À propos de Montaigne et la Boétie

lundi 4 février 2019, par René Merle

S’indigner, oui ! Mais après ?.

Le billet sur la Boétie était à peine publié que je recevais d’un fidèle lecteur le message suivant, avec lequel je suis totalement d’accord :
"Cher René,
Je suis toujours avec grand intérêt vos textes journaliers et, si j’ai beaucoup apprécié vos articles éclairants sur Heidegger et Proudhon, j’ai été encore plus sensible à ceux sur Montaigne et La Boétie (j’ai passé mon enfance en Dordogne où Montaigne et Jacquou le Croquant sont les héros locaux).
Vous mentionnez que Montaigne a "prudemment omis" le texte de son ami La Boétie dans la publication qu’il a faite de ses œuvres. Cet épisode m’a toujours troublé car il est pour moi un exemple de la complexité des choses.
D’une par le texte de La Boétie sur la servitude volontaire est d’une clarté cristalline quand il fait le constat "Chose vraiment surprenante ... c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir, puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel.".
D’autre part il est certain que Montaigne approuvait pleinement le texte de son ami car il voulait le placer au centre de ses essais. Mais il ne l’a pas publié comme prévu.
Il semble donc que, si Montaigne approuvait le diagnostic de La Boétie, il pensait pouvoir utiliser des voies plus "diplomatiques" pour apaiser une guerre civile qui ensanglantait le pays. Je crois même que Montaigne a joué un rôle dans la pacification de la terrible guerre de religions qui a affecté la France à son époque. Mais sur ce point, vous, historien, pouvez mieux que moi dire s’il a réussi au moins en partie.
Comme je le disais cet épisode est emblématique pour moi car, si je suis souvent d’accord sur la dénonciation des injustices et l’analyse de leurs causes, je suis souvent assez démuni sur les moyens d’y remédier. S’indigner est nécessaire mais après commencent vraiment les difficultés. Mais ceci n’est peut-être qu’un effet de l’âge sur un tempérament pusillanime…
Très amicalement
Gérard Pavillon"

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