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La Boétie « poète patriote périgourdin »

lundi 4 février 2019, par René Merle

Un sonnet où la Boétie exalte la rivière qui l’inspire, la Dordogne, à l’égal des plus prestigieuses inspirations fluviales.

Cher Gérard Pavillon, à propos de la Boétie, vous évoquiez dans le billet précédent vos attaches périgourdines :
À propos de Montaigne et la Boétie
Voici donc, en clin d’œil amical, ce sonnet de la Boétie où i chante sa Dordogne. Nous ne le connaissons que par Montaigne.

En effet, Montaigne a fait connaître les sonnets de La Boétie, mort si jeune (1530-1563), d’abord dans un opuscule qu’il publie huit ans après la mort de son ami, Vers françois de feu Estienne de la Boëtie, conseiller du Roy en sa conduite de Parlement à Bordeaux, Paris, Federic Morel, 1571, puis dans la première édition des Essais, en 1580, à la suite du chapitre « De l’amitié ».

Je vois bien, ma Dourdouigne, encore humble tu vas :
De te monstrer Gasconne, en France, tu as honte.
Si du ruisseau de Sorgue on fait ores grand conte,
Si a il bien esté quelquefois aussi bas.

Voys tu le petit Loir comme il haste le pas ?
Comme desjà parmy les plus grands il se conte ?
Comme il marche hautain d’une course plus prompte
Tout à costé du Mince, et il ne s’en plaint pas ?

Un seul olivier d’Arne, enté au bord de Loire,
Le faict courir plus brave et luy donne sa gloire.
Laisse, laisse moy faire ; et un jour, ma Dourdouigne,

Si je devine bien, on te cognoistra mieux :
Et Garonne, et le Rhone, et ces autres grands Dieux,
En auront quelque enuie, et, possible, vergoigne
.

Quelques précision :

Sa Dordogne « gasconne » : pour le Périgourdin La Boétie, le Gascon est la langue d’Oc en général, et la langue de Bordeaux et de son Sud en particulier. Mais pas question de poétiser en « gascon » : pour s’égaler aux plus grands, c’est le français qui convient.

Son sonnet donne à cet égard une géographie de la création poétique, ancienne et moderne :
« Sorgue » - la rivière chantée par Pétrarque
« Loir » - la rivière chantée par Ronsard
« Mince », l’accentuation occitane conserve l’accent tonique italien sur la première syllabe : « Mincio » - le fleuve chanté par Virgile
« Arne », même remarque sur l’accentuation. « Arno », le fleuve de Dante.
« Garonne », celle des Troubadours, bien sûr.
« Rhone », évoque l’école poétique lyonnaise contemporaine autour de Maurice Scève.

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