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Relire Bettini et son éloge du polythéisme

mercredi 6 février 2019, par René Merle

Éloge du polythéisme

J’ai relu Maurizio Bettini, Éloge du polythéisme, Les Belles Lettres, 2016, que j’avais présenté dans mon ancien blog.

Présentation de l’éditeur :
« Deux mille ans de monothéisme nous ont habitués à croire que Dieu ne pouvait être qu’unique, exclusif, vrai. En revanche, les polythéismes antiques envisageaient la possibilité de faire correspondre entre eux dieux et déesses provenant de différentes cultures (Zeus et Jupiter, Isis et Déméter), ou même d’accueillir des divinités étrangères dans leur propre panthéon. Cette disposition à l’ouverture fait que le monde antique, même s’il a connu les conflits, voire les carnages, est resté étranger à la violence de nature religieuse qui a ensanglanté les cultures monothéistes et continue de le faire.
Serait-il possible aujourd’hui de puiser aux ressources du polythéisme pour rendre plus faciles et sereines les relations entre les différentes religions ?
 »

Je viens donc de relire cet essai passionnant, nourri d’érudition, mais en prise directe avec notre temps lourd de menaces intégristes.
Face au monothéisme sûr de sa vérité absolue, qui, (même dans les rares phases de « tolérance » auxquelles il peut être contraint), renvoie les autres croyances à l’erreur absolue, et, partant, à l’éradication, Bettini évoque un polythéisme grec et romain, dont la pluralité des Dieux était la définition mais non l’essence : jamais les Anciens [1] n’ont combattu pour imposer un culte, ils ont même su intégrer aux divinités de la Cité d’autres venues d’ailleurs, à condition, comme le fit le christianisme, qu’elles ne se posent pas en négatrices des Dieux de la Cité, nés du désir des hommes d’appréhender l’infinie complexité de la nature. Et par cette plasticité, qui est l’essence de ce polythéisme, ils ont accédé à la capacité de saisir le monde de manière plurielle et non exclusive.

La lecture stimulante de ce bref mais dense ouvrage m’incitera, à l’occasion, à revenir sur le destin de "nos" trois monothéismes. Le premier exclusivement enclos dans la conscience d’un Peuple persuadé d’être l’Élu de ce seul Dieu. Les deux autres nés de cette matrice judaïque, mais qui, au contraire d’elle, vont s’affirmer par tous les moyens dans la conquête de l’humanité entière, en renvoyant au néant de la fausseté et de l’erreur toutes les autres croyances.

Je signale aussi cet entretien avec l’auteur :
Bettini

Notes

[1Notons bien qu’il s’agit ici seulement des Grecs et des Romains, c’est-à-dire de Nous, et non de l’immense panorama des autres religions polythéistes.

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