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De la passion de l’argent

dimanche 10 février 2019, par René Merle

Le point de vue de Tony Andréani.

J’extrais de l’excellent ouvrage de Tony Andréani [1], (sur lequel je reviendrai à propos de la Chine), ce passage particulièrement éclairant, au moment où la folle accumulation d’argent et de biens par plus riches dépasse notre faculté de réaliser ce que les chiffres veulent dire ; et au moment aussi où tout est fait pour que les simples gens, comme on dit, loin d’en vouloir à ces privilégiés extrêmes, préfèrent s’en prendre à l’assistanat des plus pauvres…

« L’investisseur d’aujourd’hui n’est plus le thésauriseur vilipendé par Marx, il ne cache pas son argent (si ce n’est aux yeux du fisc). Il l’étale et symbolise sa possession par une consommation ostentatoire, celle-là même décrite il y a longtemps par Veblen [2]. Sur le plan psychologique on peut déchiffrer, grâce à la psychanalyse, les ressorts profonds de cette passion de l’argent (le désir infantile de toute puissance, l’écho lointain de la rétention anale, le besoin de sécurité), et l’on peut ajouter le refus d’affronter la perspective de la mort, en renvoyant sa pensée à toujours plus tard. Mais ces mobiles sont puissamment renforcés par la concurrence : il faut toujours avoir plus pour gagner ses galons dans l’élite. Le problème sociologique est que cette concurrence entre les individus gagne toutes les classes sociales. Comme Veblen l’a également montré, les classes subordonnées prennent l’élite comme modèle et ce mimétisme, ce désir perpétuel d’ascension sociale, défont les autres liens sociaux et une grande partie des solidarités de classe. Nous trouvons là aussi l’une des racines du consumérisme, sans doute la plus profonde. »

Notes

[1Tony Andréani, Le « modèle chinois » et nous, L’Harmattan, 2018

[2Thorstein Veblen, 1857-1929 : un économiste et sociologue précurseur.

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