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Macron vilipendé mais Macron rassuré

lundi 11 février 2019, par René Merle

ou de la navigation politique à courte vue

Je profite de ce que nous sommes encore en démocratie pour ajouter mon mot aux flots de commentaires sur l’actualité.
Rien en fait que vous ne pourrez trouver ailleurs, il s’agit plutôt en fait de m’aider à mettre mes idées au clair, dans une situation à vrai dire assez confuse.
À qui me dira « de quel lieu parles-tu pour jouer ainsi l’éditorialiste ? », je ne peux que répondre que je ne m’exprime qu’en citoyen inquiet, et non en représentant de qui que ce soit.
Rien d’original donc dans le propos. Je partage ici en grande partie le point de vue de blogs amis, comme celui de Jean-Paul Damaggio, grandement et personnellement engagé dans le mouvement Gilets jaunes :
Damaggio. Voir également le très intéressant blog Vu du Droit : Vududroit

Je reprends donc mon titre : « Macron vilipendé mais Macron rassuré ».
En effet, si la qualité d’un pouvoir ne tient pas à sa capacité de régler les problèmes, mais à celle de naviguer à vue dans la politique politicienne, notre Président est sans doute rassuré.

En effet, sans qu’aucun des problèmes de fond que la crise a mis au grand jour soit résolu, les perspectives électorales s’éclairent pour notre président, et c’est bien ce qui compte pour lui.

La loi anti casseur aidant (une loi venue de la droite), notre président compte bien récupérer une bonne partie des voix d’une droite qui s’effondre momentanément. Car toutes les voix perdues par la droite n’iront pas au RN.

Notre président compte bien aussi sur l’essoufflement d’un mouvement Gilets jaunes chassé des ronds points qui faisaient sa force de pression, mais notre Président mise aussi sur la perpétuation des épisodes violents qui ramènent à lui une partie de son électorat déboussolé. N’a-t-il pas réussi après sa panique des débuts à présenter à l’opinion la situation comme un match Gilets jaunes - Police Gendarmerie, le ministre de l’Intérieur comptant les points ?

L’appui du grand syndicat réformiste CFDT ne lui est pas mesuré, et les autres syndicats, échaudés par leurs derniers revers, semblent s’en tenir à la traditionnelle journée protestataire, à laquelle le pouvoir est parfaitement indifférent tant qu’elle n’exerce pas une pression irrésistible.La CGT n’a pas voulu tenter l’aventure par un appel à l’action en décembre. Son nouvel appel à la convergence des luttes avec les Gilets jaunes aura-t-elle un lendemain ? Si la perspective n’est qu’une journée de grève en mars, le pouvoir n’a pas de quoi trembler. Mais soyons prudent, en ce domaine l’histoire a toujours réservé des surprises, et le feu n’a jamais pris à la plaine quand l’on s’y attendait.

Notre président sait aussi que l’hésitation stratégique de LFI a pour l’heure bloqué l’essor d’un mouvement qui se voulait dominateur et gagnant.LFI pâtit de sa structure verticale et des décisions personnelles, autoritaires et désordonnées de son leader.

Et notre président sait enfin que l’éparpillement la gauche ne peut que lui être profitable. Même si ces formations de gauche, comble du racolage, annoncent avoir des Gilets jaunes sur leurs listes aux européennes comme un label de qualité.

Bref, en naviguant à courte vue, et même si le RN améliorera sans doute son score, notre Président peut se voir gagnant. L’essentiel pour lui est de se retrouver seul face à Mme Le Pen, et le tour sera joué comme en 2017.

Pour autant, peut-on se contenter de spéculer au jour le jour sur cette donne politicienne, et broder à l’infini sur les propos de nos éditorialistes et commentateurs radio-télé émoustillés ?

J’évoquais au début les problèmes de fond. Ils sont à l’évidence économiques et sociaux. Ils relèvent de la mutation qu’a connue notre pays de par son insertion dans une Union européenne autoritaire, et de par le choc frontal de la mondialisation d’un capitalisme informatisé et financiarisé. Ils sont immenses et n’apparaissent pas dans la clarté nécessaire à une opinion que l’on maintient le nez sur le vitre.
Il serait vain, me semble-t-il, pour qui rêve de s’opposer à la politique Macron, d’imaginer qu’un rabibochage électoral sans principes des diverses oppositions, et en particulier de celles dites de gauchie, suffirait, si ces problèmes de fond ne sont pas clairement présentés à l’opinion, propositions de solutions à la clé. Nous en sommes bien loin, me semble-t-il. Mais peut-être suis-je trop pessimiste ?

Sans doute mon âge peut justifier une impatience, et donc ce pessimisme, car mes années de témoin engagé me sont comptées, et j’aurais tellement aimé voir la situation changer, en mieux, avant disparition. La génération qui monte, je l’espère, envisagera l’avenir dans sa durée avec plus de patience et plus de lucidité. Il faudra sans doute des générations pour guérir les maux que ce capitalisme a engendrés et proposer à l’humanité un autre mode de vie. Mais l’utopiste n’est pas mon fort, et je m’arrête là.

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