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L’affaire de la Ligue du Lol

mercredi 13 février 2019, par René Merle

du versant caché de la bonne conscience élitaire

Je portais récemment sur ce site une interrogation d’Helvétius sur la nature humaine : Vice et Vertu. Vieille interrogation ; nourrice de tant de dissertations exigées de post-adolescents à la courte expérience de vie… Vieille interrogation donc, à laquelle, même sorti, et depuis longtemps de la poste adolescence, je me garderai bien d’apporter une réponse univoque.

J’y pensais hier soir, en suivant C à vous où Miss Tahiti lançait un appel contre le harcèlement à l’école, (harcèlement dont elle avait eu à souffrir adolescente). Sollicité sur la question, son voisin, le très médiatisé chroniqueur philosophique Raphaël Enthoven, partait du point de vue que les enfants, à leur façon, sont des monstres, dont la société à la cour de récréation porte déjà toute la violence humiliatrice que la vraie société s’emploie à réprimer chez les adultes, voire (mais c’est moi qui l’ajoute), utiliser.

J’ai subi, comme tant d’autres, le bizutage, une fois à l’entrée de l’école normale d’instituteurs, une fois à l’entrée en prépa. Oh, rien de bien méchant, sinon qu’il fallait intérioriser que l’humiliation et la soumission étaient à la clé de l’acceptation par le groupe, avec la compensation de savoir que l’humilié d’aujourd’hui serait le bizuteur un an après…

Mais ce rite de passage, dans tout ce qu’il révèle à sa façon de la structure sociale, par définition n’avait qu’un temps.
Rien à voir avec l’humiliation permanente qui s’abat des années durant sur l’enfant et l’adolescent, du fait de certains qui devraient être ses pairs et qui s’instituent en bourreaux.
L’administration, le ministre et même notre président n’auront de cesse, nous dit-on, que le phénomène soit éradiqué. Ainsi adviendra une génération de gentils jeunes adultes bien propres sur eux, respectueux d’eux-mêmes et donc des autres.
Nous ne pouvons que l’espérer.

L’affaire de la Ligue du Lol, qui vient d’éclater, nous montre en tout cas que certains jeunes adultes continuent à être de bien méchants enfants.
Dans le même effet de meute que celui de la cour de récréation, mais ici dans la solidarité machiste (canapé, bière et foot), voici des journalistes qui prennent leur pied dans le cyber harcèlement des plus faibles, des « différents », des femmes qui ne leur conviennent pas, etc…
je ne vais pas ici me joindre à l’autre meute, celle des donneurs de leçon, des redresseurs de tort, des moralisateurs qui vont crier vengeance. Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre…
Mais je m’en tiendrai à une seule remarque. C’est au cœur de la pensée bobo, du sanctuaire bourgeois libéral – libertaire (comme le définit en son temps Michel Clouscard), celui des médias à public « élitaire », Libé, Slate, Inrocks, Télérama, Grand journal, etc., qu’est née et s’est développée cette saloperie. Ceux qui font l’opinion éclairée, Belles Âmes teintées d’ironie salvatrice, donneurs de leçons d’humanisme, se révèlent dans leur entre soi des persécuteurs sadiques, pires que les Beaufs qu’ils tiennent si soigneusement à distance.

Gardons-nous de porter le discrédit sur la profession : elle s’est auto sanctionnée et a fait le ménage, suite aux révélations de Libé qui a porté le fer dans sa propre rédaction.
Mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est le vertige élitiste, comme en son temps celui d’une certaine caste aristocratique, qui a permis à de jeunes adultes de s’instituer maîtres supposés de la jungle « Ressources humaines »… pour rire. Ce n’était qu’une blague voyons, morts de rire, laughing out loud, LOL…

2 Messages

  • L’affaire de la Ligue du Lol Le 13 février à 19:07, par Gérard Pavillon

    Ce "fait divers" m’a également choqué et vous le situez bien dans un contexte de salle de garde et d’ignorance des conséquences humaines parfois dramatiques. Vous mentionnez également le fait que les victimes deviendront ensuite les bourreaux dans le processus de bizutage ce qui est hélas trop vrai.

    Juste une remarque, il me semble que Télérama est mal placé dans la liste de ceux qui peuvent relayer ou susciter ce type de comportement. Cet hebdomadaire est plutôt une parution éclairée et inoffensive dans le contexte qui nous occupe.

    Si néanmoins vous me contredites je vais immédiatement contracter un abonnement pour pouvoir le résilier.

    Amicalement
    Gérard Pavillon

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