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Du vice et de la Vertu, et de la bonne gouvernance

jeudi 14 février 2019, par René Merle

L’éclairage de quelques événements contemporains.

J’écrivais dans un billet récent, à propos de l’Empire romain dont la longue réussite matérielle était basée sur l’esclavage :
« Bref, comment justifier un Bien nourri du Mal, pour s’interroger comme un lycéen découvrant éperdument la philo (mais la naïveté n’est pas toujours méprisable) »…
Rome.

Je rends donc ma copie d’ancien lycéen (pardon, d’ancien collégien puisque je suis passé du collège dit moderne à l’école normale d’instituteurs, car il n’y avait pas alors de lycée dans ma localité).

Peut-on en effet juger un régime sur sa réussite matérielle et non sur sa vertu ?
L’exemple de Rome est sans doute éclairant. Réussite matérielle sans vertu, sinon l’égoïsme national et l’égoïsme de classe érigés en vertu…
Et l’on pourrait en dire autant de la montée du capitalisme occidental, profondément immorale, fondée sur la traite des noirs, le colonialisme le plus nrutal, l’expropriation des paysans pauvres, la cynique extorsion de la plus value sur le dos du prolétariat naissant. Voilà donc un régime hautement condamnable au plan moral, mais qui a fini, dans les quelques grands pays industriels, par procurer un bien être relatif, mais jamais vu, à leurs habitants, parfaitement indifférents de ce fait à ce qu’il en était dans le reste du monde, pressé come un citron. L’adhésion égoïste de la grande majorité de la population française à la domination coloniale, jusque et y compris à la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie, en est une conséquence évidente.
Un système qui n’est pas fondé sur la vertu, c’est le moins que l’on puisse dire, finit donc toujours d’être accepté s’il crée des conditions de vie décentes, à tout le moins pour la partie le moins exploitée de la population, les fameuses « classes moyennes », dans lesquelles même les salariés d’usine se rangent volontiers, j’y reviendrai…

Le capitalisme n’a jamais caché être fondé sur le profit, et la morale de ses économistes a toujours été impitoyablement cynique, même voilée d’un optimisme bénissant la régulation profitable à tous par « le marché »…
Une mention spéciale cependant pour les États Unis, « one Nation under God, indivisible » [1] où l’apologie du capitalisme se justifie de la bénédiction divine. « In God we trust » peut-on lire sur les dollars…
Il est vrai que Dieu (mais ce n’est pas le même), veille également sur le sort de pays hautement capitalistes, du côté de la péninsule arabique et de l’Iran...

Mais quid des systèmes qui se proclamèrent, ou se proclament fondés non pas sur le profit, sur la Vertu ? Quid des régimes qui ont cru pouvoir proclamer la naissance de l’Homme nouveau, fraternel aux autres, épanoui dans la marche au socialisme ?

La liste serait alors longue des régimes se réclamant de la vertu, qui pour l’essentiel n’ont pu tenir que par la dictature présumée garante de l’amélioration des conditions de vie. Le mythe de l’Homme nouveau qu’ils prétendaient créer par ce règne de la vertu s’est effondré quand les conditions matérielles n’ont plus été à la hauteur des espérances. Et l’Homme nouveau s’est révélé être un homme bien ancien ! L’exemple soviétique est éclairant, qui a vu dans l’implosion de l’URSS, les dirigeants « vertueux » se transformer en oligarques cyniques et richissimes.

On pourrait évoquer aussi l’exemple du Venezuela, où l’exaltation patriotique des valeurs bolivariennes a fini par peser peu devant l’aggravation vertigineuse des conditions de vie (embargo étatsunien aidant.
La Chine à cet égard offre un exemple intéressant de dialectique d’un progrès matériel sans vertu et d’un retour à une morale d’État

Après avoir créé les conditions de l’émergence d’une classe moyenne consumériste, sans autre idéal que la réussite financière, le pouvoir chinois semble jouer aujourd’hui la carte de la vertu (confucéenne et maoïste) pour restaurer une morale publique bien abimée.
J’y reviendrai prochainement.

Notes

[1serment matinal d’allégeance dans beaucoup d’écoles publiques. Cf. : Dollar.

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