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1933 - Antisémitisme d’hier et d’aujourd’hui. Léon Daudet

lundi 18 février 2019, par René Merle

Un article de Léon Daudet

Je suis fils et beau-fils de résistants communistes. Mes beaux parents ont hébergé au péril de leur vie des compatriotes juifs afin de les aider à passer en zone sud, quand tout l’appareil d’état français s’employait à traquer Juifs et Communistes, qu’il unissait dans une même haine. La différence étant que les communistes avaient choisi un idéal, et pour cela « méritaient » punition, alors que les Juifs n’avaient pas choisi d’être Juifs et pour cela « méritaient » l’extermination.

J’ai connu une vie militante où l’antiracisme était une valeur essentielle.
Je n’en suis que plus consterné quand je vois aujourd’hui des commentateurs un peu rapides assimiler par métonymie malhonnête condamnation de la politique d’Israël et antisémitisme. Pour eux l’affaire est entendue, de Mélenchon au PCF, qui n’emboîte pas le pas sans réserve aux positions du CRIF et de Benyamin Netanyahou est un antisémite. Et du coup est mis dans le même sac que les assassins fanatiques qui ont endeuillé récemment nos villes, soi-disant au nom d’Allah, n’hésitant même pas à tuer des enfants…
Quel crachat sur une tradition de lutte qui s’est toujours réclamée non seulement de la condamnation, mais du combat contre l’antisémitisme.

En fait, dans cette apparente unanimité actuelle à condamner l’antisémitisme, on trouve des gens, à droite et à l’extrême droite, qui n’ont jamais abandonné la nostalgie de ce que furent leurs mentors idéologiques et de l’antisémitisme d’État.
Ce qui m’attriste le plus est de voir, dans nos belles contrées méridionales, des compatriotes juifs, souvent traumatisés par leur passé algérien, soutenir des groupements et des municipalités qui affichent ouvertement le refus de l’Autre, et qui crient aussi, mais sur un autre registre, « On est chez nous ».

Aujourd’hui, on peut impunément commémorer Maurras et rééditer les pires pages de Céline alors que la xénophobie et le racisme font des ravages…
Dans ces conditions, il n’est pas inintéressant d’évoquer le climat de la France des années Trente, où l’antisémitisme, la xénophobie et le rejet des immigrés fleurissent ouvertement, du côté des "Français de souche", comme se désigne Daudet dans l’article qui suit. Paradoxe d’ennemis proclamés de la République autorisés à s’exprimer librement dans le cadre de cette démocratie républicaine qu’ils condamnaient.


L’Action française, 11 décembre 1933
« La question juive

Samedi prochain, je compte traiter la question juive à la salle Pleyel. C’est un sujet qui ne peut être éludé, vu les événements d’Allemagne et l’immigration excessive qui en résulte chez nous [1]. Inutile de dire que je parlerai objectivement, en clinicien, en biologiste, non en polémiste, de ce grand et grave sujet. Il y a des Juifs qui ont
combattu pour la France, qui se sont incorporés à la France, qui figurent même dans l’alliance d’Action française. Il y en a d’autres qui, dans le passé comme dans le présent, ont abusé de l’hospitalité française, pour nous vouloir dominer, exproprier, expulser de nos traditions, habitudes et convictions religieuses. Il s’agit donc d’envisager, pour
l’heure prochaine d’un régime normal, d’institutions saines et continuées, c’est-à-dire ROYALES [2], un statut des Juifs [3], établissant la discrimination nécessaire entre les premiers - les bons – et les seconds, les mauvais et les dangereux. J’appelle Juif dangereux un Naquet [4], un Joseph Reinach [5], un Léon Blum [6], véritables ferments pathogènes. Alors qu’un Ignace, préposé à la justice militaire dans le cabinet Clémenceau, en 1918, rendit au pays l’immense service de l’arrestation et de l’incarcération de Caillaux (janvier 1918) [7]. L’immonde Bela Kun, le non moins effroyable Szamuelly [8] ont supplicié la Hongrie ; Kurt Eisner a souillé la Bavière de ses forfaits [9].
Ce sont trois Juifs. Mais Disraeli a fait, sous l’impératrice Victoria, la grandeur de l’impérialisme anglais. Ce la montre que la question est à la fois posée brutalement et nuancée. Seule la Monarchie française a su, sait et saura pratiquer à la fois la fois la force et la finesse, reconnaître et châtier.
Dans l’histoire de l’Action française, la question juive apparaît, dès l’origine, avec l’affaire Dreyfus, puis avec la falsification de l’article 445 par la Cour de cassation qui, en mai 1927, devait, au réquisitoire du sinistre Manuel, rejeter mon pouvoir en révision, fondé sur TROIS TÉMOIGNAGES OCULAIRES CONCORDANTS, dans l’affaire de notre petit Philippe [10]. La fable de l’innocence de Dreyfus a été anéantie par deux des nôtres, le colonel Larpent et Frédéric Delebecque, auteurs du Précis de l’affaire Dreyfus, où la culpabilité de Dreyfus est démontrée IRRÉFUTABLEMENT. Parmi toute la jeunesse cultivée de France, façonnée par la pensée de Maurras, il n’est plus un étudiant qui ne soit convaincu de cette culpabilité. Waldeck-Rousseau, ses collaborateurs, les membres de la chambre criminelle, - si bien nommée – se sont déshonorés devant l’Histoire, exactement POUR RIEN. C’est là que je dis que l’Histoire rit... avec écœurement, certes, mais elle rit et dit : « Tas de farceurs ! »

Quant à Maurras, la question juive s’est posée à nouveau : avec le président Worms, de Versailles, récusé, en tant que Juif, dans l’affaire tintamarresque du sergent Coubret [11], avec le sinistre Abraham Schrameck, qui avait rêvé, un moment, de jouer à Paris les Bela Kun, en désarmant les patriotes français, alors que les communistes resteraient armés [12] (même tactique, quant à la politique intérieure, que celle d’Hitler, quant aux rapports franco-allemands) ; mais, devant la menace assénée de Maurras, de le faire tuer « comme un chien », ledit Abraham recula, et comment ! Je le vois encore, à la barre de la cour d’appel, coulant de tous côtés des regards épouvantés, puis se sauvant comme un putois. Un Dreyfus, un Reinach, un Blum, un Schrameck sèment, partout où ils passent, l’antisémitisme. Ils sont les fléaux de leurs concitoyens.

Je souhaite que les Juifs de bonne foi viennent nombreux à cette conférence – laquelle sera d’ailleurs bien gardée [13], car j’entends n’être pas interrompu – et reconnaissent la modération et la justesse de mes arguments. Nous entendons, nous les Français de souche française, demeurer les maîtres chez nous, quant aux postes essentiels de la politique nationale et de l’administration en général. Nous ne voulons molester personne, aucun de nos hôtes. Nous entendons n’être molestés par personne, et que nos hôtes étrangers, Juifs ou autres, se conforment aux règles de l’hospitalité. Nous désirons mettre en garde les nouveaux immigrants contre des abus intolérables, qui ont marqué les empiètements juifs, favorisés par la démocratie parlementaire, de 1897 à 1914 ; et nous voulons empêcher que ces abus se renouvellent. Dans la mesure où la République croule, entraînant avec elle une pègre dorée, que j’ai longtemps appelée « le ghetto d’or » [14], cette conférence de la salle Pleyel, où la courtoisie n’empêchera pas la fermeté, - car nous savons où nous allons – aura une valeur d’avertissement. Tant pis pour qui n’aura pas voulu nous entendre.

Léon DAUDET. »

Notes

[1Hitler est au pouvoir depuis le début de l’année, les démocrates allemands, les communistes, les juifs persécutés qui en ont la possibilité fuient vers la France, ce qui ne semble pas agréer à Daudet

[2L’Action française est monarchiste

[3l’État français du maréchal Pétain s’y emploiera quelques années plus tard

[4Alfred Naquet, 1834-1916, médecin, militant républicain libertaire, puis boulangiste et socialisant, fit une longue carrière de député. Il était particulièrement haï par la droite à cause de sa Loi du divorce (1884). Daudet lui attachait aussi le grelot du scandale de Panama, dont Naquet fut acquitté. Son physique fut l’objet d’immondes caricatures antisémites.

[5Joseph Reinach, ardent dreyfusard, est à l’origine de la création de la Ligue des Droits de l’Homme.

[6Blum est alors dirigeant de la S.F.I.O


[7En décembre 1917, après une campagne de presse où Daudet fut des plus virulents, Clémenceau, partisan de la guerre à outrance, fit emprisonner le dirigeant radical Caillaux, à cause de ses positions pacifistes.

[8Bela Kun fut le dirigeant communiste de la République hongroise des Conseils, en 1919. Daudet agite ici le thème récurrent de la dénonciation des judéobolcheviks.

[9Le socialiste avancé Kurt Eisner fut le dirigeant de la révolution bavaroise, et fut assassiné par un monarchiste en février 1919.

[10En 1923, le suicide présumé du jeune Philippe, fils de Léon Daudet, fit l’objet d’âpres controverses.

[11En 1912, Maurras fut accusé d’avoir blessé le sergent Coubret lors d’une manifestation de l’Action française. Il fut acquitté.

[12Abraham Shrameck (1867), eut une longue carrière préfectorale, sénatoriale et ministérielle. Ministre de l’Intérieur, il avait ordonné le désarmement des Camelots du Roi, activistes de l’Action française.

[13allusion au service d’ordre musclé des Camelots du Roi

[14Le thème de la haute finance dans les mains des Juifs est récurrent depuis le début du XIXe siècle. Daudet y ajoute l’écho des scandales qui éclaboussent le monde politique en cette fin 1933, et notamment bientôt l’affaire Stavisky, qui fut le déclencheur de l’assaut antirépublicain des Ligues et de l’Action française, le 6 février 1934

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